Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

20 juin 2020

BRISER LES CHAINES !

Février 2020. A San Diego (Californie) un haut monument dédié à Martin Luther King se dresse sur la promenade éponyme. Une scie circulaire métallique brise les chaines d’un esclave. Un homme, un « sans domicile fixe », a passé la nuit, recroquevillé au pied du monument, cherchant quelque abri contre le vent qui souffle du nord. Les Etats-Unis restent terriblement marqués par une civilisation pluriséculaire basée sur l’esclavage. J’ai encore en moi les images horribles de la répression, dans la deuxième moitié du 20ème siècle en Oklahoma où ailleurs, de manifestations noires pour l’égalité des droits, réprimées à coup de lances à incendie qui déchirent la peau ou détruisent l’audition, et ceci jusque dans les années quatre-vingt. Sans parler des noirs, jeunes ou moins jeunes, froidement abattus en pleine rue par des policiers suprémacistes blancs en ce 21ème siècle, et de tragiques évènements récents.

Août 2009. Sur les bords de la Loire, à Saint-Nazaire, un homme noir torse nu, prend appui sur un duc d’albe érigé près du quai de Kribi. Son torse tendu et son regard fier expriment toute la force d’une révolte en marche. Ce monument du au Réunionnais Jean-Claude Mayo, rend hommage à Victor Schœlcher, le militant de l’abolition de l’esclavage au 19èmesiècle. Ce dernier obtiendra, le 27 avril 1848, la signature, par Lamartine, au nom du gouvernement français, du décret d’abolition. « La France n’est pas raciste », c’est bien connu et pourtant elle ne peut oublier son Histoire, en particulier celle des difficiles décolonisations de ses colonies d’Afrique et d’ailleurs. J’ai encore en moi les images horribles des répressions des manifestions d’Algériens, et celle du métro Charonne le 8 février 1962. J’avais vingt-ans. Etudiant, j’étais solidaire des luttes de libérations des peuples de ces pays colonisés, dont la revendication à l’indépendance est devenue si naturelle avec le recul de l’Histoire.

Homo sapiens, notre espèce humaine, a quelque problème semble-t-il à accepter l’altérité, les différences de cultures et de conception de la vie existant de par le monde. Il n’est pas impossible qu’elle se soit établie au détriment des autres espèces humaines même si des preuves existent en faveur d’un certain croisement entre espèces. Mes ancêtres sont sortis d’Afrique et mon génome porte en lui quelques pour cents de gènes d’origine néanderthalienne.  Selon Yuval Noah Harari, l’une des raisons du succès de l’expansion d’Homo sapiens et de sa conquête de la planète Terre, par rapport aux autres espèces animales, réside dans sa capacité à construire des imaginaires » (des utopies) partagés par ses semblables. Partagés par ses « semblables » au sens le plus large, et pas seulement par ceux qui sont identiques à lui, dont l’apparence lui est semblable. Nous avons décidément besoin d’apprendre des autres, de ceux qui ne vivent pas comme nous, particulièrement, en ces temps de remise en cause des certitudes sur un système économique censé apporté le bonheur à l’ensemble de l’humanité mais qui s’avère un redoutable outil de gaspillage des ressources naturelles et d’exacerbation des inégalités.