ALGÉRIE

LA FIN D'UNE GUERRE... M’ZAB... TIMGAD.. CHOTT EL HODNA...

L’APPEL DU MUEZZIN

LA FIN D'UNE GUERRE

 

J’ai versé tant de pleurs sans que vous pleuriez.

J’ai compris : je suis étranger.

Jean AMROUCHE, Chants berbères de Kabylie

Le 3 juillet 1940, mon grand-oncle Jean, charpentier à bord du cuirassé La Bretagne, meurt à l’âge de 47 ans. Ce puissant cuirassé et plusieurs autres navires de l’escadre française de la Méditerranée, au mouillage dans le port de Mers-El-Khébir (près d’Oran, Algérie), sont coulés par la flotte britannique commandée par l’amiral James Somerville, en réaction à l’armistice que Pétain vient de signer avec Hitler. Son frère, mon grand-père Vincent, qui a été canonnier dans la Marine Nationale, nous a souvent décrit l’impact de la salve d’obus de 380 mm britanniques qui coupe véritablement comme une lame les compartiments de la plage arrière du cuirassé français, découvrant les soutes à munitions. La salve suivante déclenche l’explosion de La Bretagne qui sombre en quelques minutes, entrainant avec lui 1 012 marins dans la mort.

De 1952 à 1958, mon oncle Jean, celui de l’équipée de plus de deux mille kilomètres à moto à travers la France (cf. « Dans les pas de deux géants »), travaille à la base aéronavale de Lartigue dans le sud d’Oran.

J’ai donc souvent entendu parler de ce pays du Maghreb pendant mon enfance.

Avant même d’entrer dans la vie étudiante j’ai été très sensibilisé au drame algérien. Partisan de la décolonisation je n’approuvais pas les propos très « Algérie française » souvent entendus chez les Scouts de France de mon adolescence. Albert Camus, un des écrivains phares de ma jeunesse, était tourmenté, écartelé entre son origine de colon et des positions plus libertaires. S’il prenait la défense des Espagnols antifascistes exilés, des victimes du stalinisme et des objecteurs de conscience, il refusait de réduire les « pieds noirs » au statut d’exploiteurs de musulmans. Jules Roy, né à Rovigo (Algérie) le 22 octobre 1907, dédie son ouvrage « La guerre d’Algérie », « à la mémoire de son ami Albert Camus », accidentellement décédé le 4 janvier 1960. Il dénonce publiquement cette guerre, longtemps niée en tant que telle, et ses atrocités.

Cet ouvrage, dont j’ai retrouvé un exemplaire dans mes archives, avait visiblement trouvé beaucoup d’écho chez moi car je l’avais annoté de citations bibliques.

Avril 1962. Sur la place du Général Leclerc à Brest s’avance, en arc de cercle, une ligne d’hommes et de femmes représentant les organisations syndicales françaises et les travailleurs algériens en France. Ils portent des couronnes de fleurs qu’ils vont déposer au pied du monument aux morts. C’est la fin de la guerre d’Algérie. Les accords d’Evian ont été signés le 18 mars et se traduisent dès le lendemain par un cessez-le feu marquant la fin officielle de ce tragique conflit. Ils seront ratifiés, côté français, par le référendum du 8 avril 1962, et côté algérien, par le référendum d'autodétermination du 1er juillet 1962. Dans cette célébration brestoise, je faisais partie de l’arc de cercle : je représentais l’Union Nationale des Etudiants de France (U.N.E.F.), très engagée dans le soutien aux mouvements luttant pour la décolonisation.

J’avais vingt ans. J’étais loin de me douter que deux décennies plus tard, Guy, avec lequel j’avais coopéré pour l’étude des résurgences côtières au large du Maroc(1), allait m’inviter à le rejoindre pour lancer un programme d’enseignement d’océanographie à Alger…

(1) Paul Tréguer, Journal d’un océanographe – sur le rebord du monde, ELYTIS, 2018