MADÈRE

CHRONIQUE MADÉROISE

SAMEDI 16 JUIN 2018

Quelque peu écrasée au pied des falaises, l’église de Sao Vicente émerge sous la bruine de la côte nord de Madère. Des pierres volcaniques soigneusement blanchies, dominées par un clocher à section carrée qui tente de s’élancer vers les nuées. La porte ouest était grande ouverte et nous avons pénétré dans ce lieu de recueillement. Face à l’autel copieusement doré, deux dames catéchistes se démènent auprès de pré-adolescents, garçons et filles, quelque peu rebelles. Une des dames conduit son groupe vers le fond du transept où sur la gauche trône un imposant baptistère. Sans doute en vue d’une prochaine cérémonie elle fait venir dans l’enceinte du baptistère, les garçons d’abord, un à un, puis les filles. Il faut faire le signe de croix en rentrant dans l’enceinte, faire le tour du bassin de pierre, pour enfin sortir en se signant de nouveau. Un grand gars qui s’en est dispensé m’a fait en sortant un, à peine discret, clin d’œil, avant de se faire reprendre par la bonne dame. La ligne est reformée en bon ordre pour remonter vers l’autel, avec, comme il se doit, les gars d’abord puis les filles. Je me suis discrètement échappé d’une enfance des années 50…La bruine s’était évaporée. Le chauffeur a pris la route du plateau. C’est aussi celle du sud, vers le soleil.

 

Quel est le point commun entre Christophe Colomb et Winston Churchill ?? Ne cherchez plus, c’est Camara do Lobos (la chambre des loups). Petite crique devenu port de pêche à l’ouest de Funchal. De loups marins (des phoques moines, des otaries ?) il n’y en a plus depuis belle lurette, car Homos sapiens est passé par là, avec sa volonté assassine de dominer toutes les espèces, quitte à les éliminer, selon le mandat que Dieu lui-même lui a fixé : « qu'il domine sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur le bétail, sur toute la terre, et sur tous les reptiles qui rampent sur la terre ». Ce charmant petit port, délimité par des jetées de lave noire, est toujours en activité, avec des navires qui pêchent l’espadon, quand cet habile invertébré veut bien se laisser prendre à 1000 mètres de profondeur. Voici vingt ans, un constructeur de navire de Camara de Lobos s’est mis en tête de rebâtir à l’identique la Santa Maria, la caraque de Christophe Colomb.

Et Winston Churchill ?? D’abord on y trouve sa silhouette drôlement bien croquée en noir et blanc sur une des portes de la rue qui descend vers l’église. Avec un éternel cigare, à la bouche d’une face rondouillarde. Battu aux élections générales britanniques, le premier janvier 1950 il est venu se réfugier sur l’île de Madère, à l’abri des turbulences de la planète Terre, loin des basses contingences de l’ingrat peuple britannique. Là il s’est donné à sa passion : peindre, peindre le port de Camara de Lobos. Une passion de douze jours, avant de replonger dans le bouillon des élections générales anticipées qu’il allait cette fois remporter.

Existe-t-il un autre point commun entre les deux personnages illustres ? Peut-être l’esprit d’aventure ? Surement, la volonté de passer par-dessus tous les obstacles pour faire mentir un vieil adage en le transformant de façon velléitaire en « par l’impossible tu es tenu ».