Nobu Shirase sur la calotte polaire antarctique

(in « The japanese Southern Polar Expédition 1910-1912, Bluntusham Books Eskine press)

Raid sur la barrière de Ross jusqu'à 80°05' de latitude Sud

(28 janvier 1912)

(in « The japanese Southern Polar Expédition 1910-1912n Bluntusham Books Eskine press)

Soleil levant

29 Janvier 2012

Huit jours d’un raid éclair sur la barrière de Ross. La "Dash Patrol" de Nobu Shirase et de cinq de ses hommes, vient d’atteindre 80°05' de latitude sud. C’est le point le plus austral jamais atteint par une expédition japonaise. Plus de trente kilomètres par jour, à suivre des traîneaux, tirés par vingt-neuf chiens guidés par deux Aïnous : c’est une performance meilleure que celle d’Amundsen, et bien supérieure à celle de Scott. Shirase peut être fier : il a sauvé l’honneur du Japon, entaché par l’échec de la première expédition. Loin de lui est désormais la décision prise le 12  mars 1911, de concert avec le capitaine Nomura, d’interrompre la première tentative du Kainan-Maru bloqué par le pack de la mer de Ross, à une latitude aussi peu glorieuse que 74°16'S sud. 

L’équipe s’est mise en ligne pour une photographie historique. L’astre, sans qui la vie des hommes serait impossible sur Terre, darde ses rayons sur « Yamato Setsugen » (la plaine de neige Yamato), tout récemment baptisée. En un tel lieu, porter très haut le soleil de leur pavillon national donne à chacun, au plus profond de lui-même, un sentiment de parfaite harmonie avec l’univers.

 

Les hommes attendent la prise de parole de Nobu Shirase. Mais, est-ce l’éblouissement d’un face à face avec le soleil? L’effet de la fatigue du raid ? L’explosion incontrôlée d’un subconscient inondé de bonheur ? Shirase se voit soudain télétransporté au pôle Sud. Il est le représentant du Japon au sein d’une audacieuse expédition transantarctique1 de plus de six mille kilomètres, de l’Atlantique au Pacifique, réalisée par six hommes, solidaires comme dans la « Dash patrol ». Ils conduisent des traîneaux à chiens, compagnons si performants sous ce rude climat. Vêtu d’une combinaison bleu pétrole, si légère mais si chaude, et totalement imperméable au vent polaire, Shirase ne reconnaît pas son lourd habit de fourrure. Il n’identifie pas non plus ses hommes, remplacés semble-t-il par un Chinois, un Russe, un Français, un Anglais et un Américain, encore qu’il ne soit pas certain de reconnaître tous les pavillons nationaux, cousus sur leurs vêtements.

 

Takeda, inquiet de la soudaine immobilité de son chef, le tire discrètement par la manche. Shirase s’ébroue : « où sommes-nous ? » puis il se reprend. « En l’honneur de Sa Majesté l’Empereur du Soleil Levant », « Banzaï, Banzaï, Banzaï ! ». Tous s’inclinent dans un mouvement synchronisé.

 

Epilogue: dès le lendemain matin, à deux heures trente, l’équipe prend le chemin du retour. Dans des conditions météorologiques idéales elle fonce vers le camp de base de la baie des Baleines, où les attendent Muramatsu et Yoshino. Elle ne met que trois jours pour l’atteindre, démontrant le savoir-faire exceptionnel des aïnous d’Hokkaido dans la conduite des traîneaux à chiens. Epuisés, les hommes se laissent aller à un profond sommeil de trente-six heures…

1Expédition Transantarctica (1989-1990): Keizo Funatzu (Japon), Dahe Qin (Chine), Victor Boyarsky (Russie), Jean-Louis Etienne (France), Geoff Somers (Grande-Bretagne), Will Steger (Etats-Unis d’Amérique).

 

Référence:

Shirase N., 1913. The Japenese South Polar Expedition 1910-1912 A record of Antarctica. Compiled and edited by the Shirase Antarctic expedition supporter's assocation, tranlated into English by Lara Dagnell and Hillary Shibata. Bluntisham books Erskine Press., 414p.

Tréguer P., 2010. op. cit.