Jacques Prévert a écrit le célèbre poème « Barbara »,

à Brest, en septembre 1944 (paru chez Gallimard en 1946)

J’imagine qu’il revient à Brest dix ans plus tard. La ville est reconstruite….

Rappelle-toi Barbara

Rappelle-toi Barbara.

Le soleil inondait Brest ce jour-là,

Et tu marchais souriante,

Epanouie, ravie, resplendissante,

Dans la lumière.

Rappelle-toi Barbara.

Le soleil inondait Brest.

Et je t'ai croisée rue de Siam.

Tu souriais,

Et moi je souriais de même.

Rappelle-toi Barbara,

Toi que je ne connaissais pas,

Toi qui ne me connaissais pas.

Rappelle-toi,

Rappelle-toi quand même ce jour-là.

N'oublie pas.

Un homme sous un porche s'abritait,

Et il a crié ton nom

Barbara !

Et tu as couru vers lui ravie,

Rayonnante, épanouie, tu as souri,

Et tu t'es jetée dans ses bras.

Rappelle-toi Barbara.

N'oublie pas,

Cette atmosphère sage et heureuse,

Sur ton visage heureux,

Sur cette ville heureuse,

Ce soleil sur la mer,

Sur l'arsenal,

Sur le bateau d'Ouessant.

Oh Barbara,

Quelle est belle la vie !

Qu'es-tu devenue maintenant ?

Ton univers,

Est-il ouvert sur l’océan ?

Et celui qui te serrait dans ses bras,

Amoureusement,

Est-il toujours vivant ?

 

Oh Barbara !

Le soleil inonde le port de Brest

Comme il l’enluminait avant,

Cette cité où tout renait,

La vie est là, et tout peut arriver

Loin des orages,

Loin de l’histoire de fer, d'acier, de sang.

Tout simplement les nuages

Se sont envolés bien loin.

Et ces nuées qui disparaissent

Au fil de l'eau sur Brest,

Voyagent tout au loin,

Au loin, très loin de Brest,

Dont mon cœur se souvient.

En hommage à Jacques Prévert, "Paroles"

Paul Tréguer, 7 juillet 2019