Roald Amundsen (1872 - 1928)

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Robert Falcon Scott (1868 - 1912)

Photo origine inconnue

Ensemble au pôle Sud...

14 Décembre 1911

Roald Amundsen et ses hommes harcèlent leurs chiens. Les trois attelages glissent à toute vitesse sur la neige. Une façon pour Amundsen de calmer son angoisse. La nuit précédente n'a-t-il pas rêvé que Robert Scott l’attendait pour l’accueillir au pôle Sud...

 

La montée du Glacier Beardmore est pénible pour Robert Scott et les membres de son expédition. La nuit a été agitée. Scott a fini par trouver le sommeil. Il rêve qu’ils sont déjà au-delà du sommet: tirant les traîneaux ils avancent péniblement sur le plateau polaire. Le moral est bon car ils sont proches du but. Pour l’instant, pas de trace des Norvégiens. Malgré toutes les difficultés éprouvées par l’expédition sur la calotte glaciaire, puis pendant l’ascension du Glacier Beardmore, ils s’en sont bien sortis. Le Pôle est en vue. Très au loin en arrière, sur leur gauche, l’horizon semble se brouiller d’un halo en mouvement. Bowers réagit le premier :

-les Norvégiens !

 

Subrepticement, Amundsen s’est écarté du convoi. Son esprit est ailleurs. Il a tout de suite repéré l’équipe de Scott, loin devant sur la droite. Trois heures de rush. Et voici Norvégiens et Britanniques rassemblés sous le soleil. A travers le givre qui adhère aux paupières, Roald Amundsen cherche les yeux de Robert Scott, qui soutient son regard. Oubliant fantasmes et rancœurs ils tombent dans les bras l’un de l’autre, aussitôt imités par leurs hommes. Les chiens groenlandais hurlent, sensibles à la joie des humains. Désormais Britanniques et Norvégiens forment un groupe unique qui s’avance vers le pôle Sud. Amundsen repère vite le maître Evans, épuisé, et lui donne un coup de main pour tirer son traîneau. Quinze heures : les deux chefs confortent séparément leurs estimations sur la position puis se consultent. Ils tombent vite d’accord. Ils ont atteint 90 degrés de latitude sud. Ils sont au Pôle !

 

L’union jack flotte à côté du pavillon norvégien. Scott est tenté de s’affaler, de soulagement et d’épuisement. Il reprend vite le dessus et se relève pour se positionner à côté d’Amundsen pour une photographie unique. Dix hommes y célèbrent, avant l’heure, l’unité d’une Europe qui a vaincu le pôle austral, à défaut d’avoir emporté la compétition du pôle boréal. En témoignage de cette unité deux tentes conjointes sont dressées. Des messages aux rois Haakon VII et Georges V, avec un bref récit des deux expéditions, y sont laissés...

 

Roald Amundsen se redresse sur ses skis et sort brusquement d’un long moment d’absence. Il est furieux d’avoir laissé son subconscient errer si librement. N’était-il pas en train d’imaginer qu’une base scientifique1 « Amundsen – Scott » serait bientôt bâtie au pôle Sud ? Il amorce une longue trajectoire et, se rapprochant des attelages, lance à ses hommes :

-Fram ! (en avant !)

-Avant ce soir nous serons au pôle Sud, et nous serons les premiers !.

 

Loin de là, Robert Scott s’étire sous la tente. Ce n’est pas le moment de mollir. Il faut réunir toutes les énergies pour atteindre le sommet du Glacier Beardmore. Il y a encore du chemin à faire avant d’atteindre le pôle. La chance aidant il y sera avant Amundsen…

1 cette base sera établie par les Etats-Unis d’Amérique en janvier 1957

 

Références :

Mabire J., 1998. Roald Amundsen. Le plus grand des explorateurs polaires. Glénat, Paris, 384 p.

Scott R.F., Huxley L. (ed.), 1913. Scott's Last Expedition. Londres, Smith, Elder & Co, 1:633, vol. 2, 534 p.

Tréguer P., 2010. op. cit.