Le mât d’accrochage du dirigeable à Ny Alesund

(Aimable autorisation d’Erwan Amice, CNRS)

Célébration de l’envol

d’Amundsen, d’Ellsworth

et de Nobile à bord du « Norge »,

Ny Alesund, Spitzberg

(Aimable autorisation d’Erwan Amice, CNRS)

L'envol du dragon

11 Mai 1926

Ny Alesund (Svalbard). Trois heures du matin. Fridtjof sort  brutalement de son cauchemar. En pleine nuit, dans un bruit étrange, un dragon ailé s'est introduit dans la mine de charbon et, le tirant par les pieds, l'a violemment projeté dans les airs. Il était en train de retomber sur les dures roches qui bornent le puits de la mine quand il s'est brusquement réveillé.

 

S'appuyant sur le bord extérieur de sa bannette, il développe lentement son long corps musclé, prenant garde de ne pas déranger Oscar, son compagnon de chambrée. Puis il se glisse dans ses bottes, enfile un pull-over, se calfeutre dans un épais vêtement de fourrure et, sans bruit ouvre l'huis, glisse le long du chambranle, referme soigneusement le lourd venteau, et parvient sur le parvis de la cabane. Dans une semi obscurité il perçoit des sons inconnus. Gauchement, il frotte ses oreilles. Les bruissements sont toujours là et ils s'intensifient. Il se demande si son rêve n'était pas la réalité. Le dragon Nidhogg serait-il descendu sur terre?

 

Ecarquillant les yeux, il finit par repérer un immense objet ovale qui sort lentement d'un hangar près du quai du Kongfjorden. Fridtjof décide d'en avoir le cœur net. Il suit les rails du train qui relie la mine au port où il repère à quai les vapeurs de la Société Brandal, prêts à recevoir leur chargement de combustible. Se faufilant derrière les wagons, puis entre d'immenses tas de charbon, le coeur battant, petit à petit, il s'approche de la source sonore. Un long objet gris semble flotter dans les airs. Fridtjof aperçoit une machine avec quelque chose qui tourne très vite à l'arrière. Peu après il en voit plus nettement deux autres, accrochés de part et d'autre du dragon. Bien éveillé cette fois il finit par distinguer un groupe d'hommes qui s'affairent autour de l'objet non identifié, dont un semble très agité et donne sans arrêt des ordres, dans une langue inconnue...Fridtjof se remémore la drôle d'histoire que lui a contée hier Oscar, avant qu'ils ne s'enfoncent dans la galerie de la mine. Il comprend que le dragon doit être un ballon, "un dirigeable" comme lui a dit son compagnon. Le groupe d'hommes convoie l'aéronef vers un haut mât métallique qui culmine à 35 mètres au-dessus des habitations du port.

Fritdjof s'est approché de ce qui ressemble à une cabane métallique, solidement liée à la partie inférieure du dragon. Personne ne prête attention à lui. Par l'échelle tribord il se glisse dans la cabine et va se réfugier à l'arrière, dans un endroit sombre où sont entreposés des objets qui ressemblent à des canots. Epuisé par une nuit trop courte il s'allonge dans l'un d'entre eux et s'endort d'un profond sommeil.

 

Il se réveille plusieurs heures plus tard sous l'action de coups violents portés à la paroi métallique. Ce sont les turbulences engendrées par de violents vents d'altitude qui secouent l'aéronef en train d'amorcer une descente rapide. Fridtjof s'approche d'un hublot. Avec effroi il voit la glace qui, à peine à une centaine de mètres, défile sous ses pieds.

A l'avant de la cabine de pilotage Roald Amundsen déclare:

-Nous sommes au pôle Nord!

 

L'équipage est descendu dans le couloir de quille. A quelques pas de Fridtjof qui s'est dressé après avoir mis de l'ordre dans ses vêtements, Amundsen, par un panneau ouvert, lance avec force les couleurs de la Norvège. Quelques instants plus tard c'est Ellsworth qui en fait autant avec la bannière des Etats-Unis, puis c'est au tour de Nobile avec le drapeau italien. Fridtjof qui, par l'ouverture, voit les trois pavillons se dresser sur la glace, applaudit. Stupéfaits les aéronautes se retournent et découvrent le passager clandestin.

-Bienvenue au pôle Nord, déclare simplement Amundsen. Voudriez-vous nous accompagner jusqu'en Alaska?

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Référence :

Mabire J., 1998. Roald Amundsen. Le plus grand des explorateurs polaires. Glénat, Paris, 384 p.