Glacier Beardmore (Antarctique)

https://fr.wikipedia.org/wiki/Glacier_Beardmore

Au pôle Sud, le 17 janvier 1912 :

Lt. Henry Bowers, Cpt. Robert F. Scott, Dr. Edward A. Wilson

Petty Officer (PO) Edgar Evans, Cpt. Lawrence Oates

Source: caminteresse.fr

Un moment de paix

8 Février 2012

Altitude 6260 pieds, au sommet du glacier Beardmore.

Sur le chemin de retour, Robert Scott, Edward Wilson (« Bill »), Lawrence Oates (« Titus »), Edgard Evans (« Ed »), et Henry Bowers (« Birdie ») parviennent au pied du mont Darwin. Birdie et Bill partent collecter des échantillons de roches.

 

Bien à l’abri du vent, derrière les falaises du mont Darwin, Titus s’affaire autour des traîneaux.  Birdie a estimé ce matin qu’ils seraient bientôt à court de biscuits. Cela a déclenché une brève panique, vite calmée par le chef de l’expédition (ils ne sont pas si loin de leur campement du vingt décembre où ils ont laissé des vivres). Inquiet, Titus veut pourtant être absolument certain de l’épuisement des réserves. Il fait et refait chacun des chargements. Il doit se rendre à l’évidence : il ne reste aucune miette. Ed est déjà ailleurs. Pelotonné dans un sac de couchage, il ne sent plus ses quelques dents restantes. Il tente désespérément de réchauffer les extrémités de ses membres, sévèrement affectées de gelures.

 

Inoubliable moment de paix. Calé entre deux roches, Scott reprend son journal. Il ne peut détacher son regard du paysage. Splendide. Les falaises à nu du Mont Buckley et les enveloppes glacées du Mont Darwin s’agencent en une théorie d’arches sculptées. Elles lui apparaissent comme autant de passes vers un autre univers où le temps semble se dissoudre.  Qui, plus qu’une artiste, connaît les voies de passage du réel à l’imaginaire ? Kathleen ! Con (c’est le petit nom de Robert Falcon) et Kathleen se sont quittés à Dunedin (Nouvelle Zélande), le vingt-neuf novembre mil neuf cent dix. L’espace d’une seconde elle lui devient étrangement proche. Il tend la main pour toucher sa douce et longue chevelure. Elle l’a tant encouragé à entreprendre cette expédition au Pôle. Elle est là aujourd’hui, prête à faire avec lui le reste du voyage, dont Con ne sait plus s’il est réel ou intemporel. Est-ce prémonitoire ? D’un revers de main, Robert écarte cette pensée.

 

L’esprit de Robert se fixe sur Peter Markam, son fils. Il en a peu profité avant de quitter l’Angleterre. Robert calcule qu’aujourd’hui Peter n’a pas tout à fait vingt-huit mois. C’est un garçon fort pour son âge. Le père se laisse à rêver à l’avenir de son fils. Il l’imagine en sportif. Tradition de marin oblige il l’initiera à la conduite des navires et aux plaisirs de la voile. Plus tard, peut-être s’illustrera-t-il aux Jeux Olympiques1 ? Mais on ne vit pas seulement de sport. Kathleen transmettra sûrement au jeune Peter son amour de l’art. Il lui faudra aussi une solide éducation en sciences, pour comprendre la nature. Robert sait qu’elle peut tant donner aux hommes, même si parfois elle prend leur vie.

 

Birdie et Bill sont de retour, ramenant une ample moisson. Plusieurs morceaux de charbon sont ornementés de feuilles et de bois fossilisé. Toute l’équipe, malgré la fatigue, fait le cercle, s’émerveillant de la découverte. Pas un homme ne proteste en raison du poids supplémentaire à traîner. Si les corps sont meurtris, les cœurs sont vaillants, et l’espoir reste en eux…

 

1 Aux Jeux Olympiques de 1936 Peter Scott décrochera une médaille de bronze aux épreuves de voile.

 

Référence:

Scott R.F., Huxley L. (ed.), 1913. Scott's Last Expedition. Londres, Smith, Elder & Co, 1:633, vol. 2, 534 p.

Tréguer P., 2010. op. cit.