Air du temps

REFLEXION

SUR L'EVOLUTION

DU MONDE

27 juillet 2020

DU BONHEUR...

10 janvier 2011. Il est un peu plus de 22 heures et le vol de la SAS, en provenance d’Amsterdam atterrit impeccablement sur une piste enneigée. Trondheim (Norvège), 63°25’N, est dans l’obscurité depuis 15 heures. En attendant la récupération de mon bagage, à la recherche d’une information météorologique, je jette un œil sur l’écran accroché au-dessus du tapis roulant. Mais la télévision ne parle pas du temps. Elle passe en boucle des informations sur les cours de la bourse, du Dow Jones, du NASDAQ, à New York. Dans la navette qui circule entre des murs de neige pour nous conduire au bord du fjord où se déroule la réunion du consortium scientifique européen que j’anime, je me dis que décidément je vis dans un monde mercantile.

La Norvège est un pays riche dont l’économie bénéficie directement des apports de l’industrie pétrolière et gazière. Son Produit Intérieur Brut (PIB) par habitant était en 2011 supérieur de 50% à celui de la France. Le PIB total, calculé en faisant la somme des valeurs ajoutées des différents secteurs institutionnels ou des différentes branches de l’activité économique, est un indicateur économique classique pour se comparer en termes de puissance. A ce jour la France est au 6ème rang mondial, juste en dessous le Royaume – Uni et au-dessus de l’Inde. Drôle d’indicateur en vérité, ce PIB. Une catastrophe naturelle ? Une tempête qui détruit les instruments de production ? Des inondations qui submergent des habitations ? Super, c’est autant d’activité économique en plus à la relance et c’est bon pour le PIB !

La richesse d’une nation est-elle un indice du bonheur des peuples ? Que nenni ! L’économiste Easterlin, a montré qu'au-delà d'un certain seuil de richesse, la poursuite de la hausse du revenu ou du produit intérieur brut par habitant ne se traduit pas nécessairement par une hausse du niveau de bonheur individuel déclaré par les individus. Aussi, en 1972 Jigme Singye Wangchuck, jeune roi du Bhoutan, un pays de 800 000 habitants, accroché aux pentes de l’Himalaya, décide d’inscrire le concept de Bonheur national brut (BNB) dans la constitution de son pays, afin de marier l’économie aux valeurs traditionnelles bouddhistes. En 2011, le Bhoutan intègre 72 critères (éducation, santé, accès à l’eau, routes et transports, …) pour évaluer le BNB.

Depuis 2011, l’Organisation des Nations Unies (ONU) publie chaque année un « World Happiness Report », l’état du sentiment de bonheur au niveau mondial... L’ONU propose un classement international des pays en tenant compte du PIB, de la qualité du lien social, de la santé et de l’espérance de vie, des libertés effectives, de la perception par les habitants des notions de générosité (dons à des œuvres de charité, typiques des anglo-saxons) et de corruption, et d’un élément de comparaison avec la moyenne la plus faible pour chaque critère, curieusement appelé « dystopie ». En 2019, la Finlande, les pays aux 190 000 lacs et aux innombrables moustiques en saison estivale, se classait en tête devant la Norvège, le Danemark, la Suisse, les Pays-Bas, la Suède, l’Autriche et le Luxembourg. Somme toute des pays peu enluminés, donnant quelque support à Charles Aznavour, qui suggère que la misère se réfugie dans les pays du soleil car elle y « serait moins pénible »… Les Etats-Unis se situent au 18ème rang et la Chine au 94ème.

La France, le pays des éternels râleurs, apparait au 23ème rang des pays heureux, entre Malte et le Mexique, étrange voisinage en vérité…