Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

De haut en bas et de gauche à droite : Guilin, localisée en rouge sur une Google map ; Yoko Tsuno sur la rivière Li (1); Paysage bucolique avec les buffles et à l’arrière-plan les « dents du dragon » ; Buffle tirant une charrue dans une rizière ; Femme âgée portant ses provisions à l’aide d’une palanche ; Le pêcheur aux cormorans ; Des bambous de diamètre impressionnant (photos Paul Tréguer).

1er novembre 2020

Les dents du Dragon

A la recherche de la jonque céleste

Un Boing 737 en provenance de Hong-Kong s’apprête à se poser à Guilin. A bord, Yoko Tsuno jette un œil par le hublot et montre à sa fille Rosée les « dents du dragon », spectaculaires formations karstiques, analogues, toutes proportions gardées, à celle de la baie d’Along. C’est le début d’une nouvelle aventure qui entraine mon héroïne de B.D. favorite sur la rivière Li, à la recherche de la « Jonque céleste » où serait inhumée la troisième épouse de l’empereur Tchin-tsong (998-1022)…

Au fil de la rivière Li…

A la découverte de la Chine en 2011 (2), je ne pouvais manquer d’aller sur les traces de Yoko Tsuno. Au nord de l’île d’Hainan, Guilin, dans la région autonome zhuang du Guangxi, est à 500 km dans le nord-ouest de Hong-Kong et à 650 km dans le nord-est d’Hanoï.

Située en zone subtropicale, Guilin (en chinois : 桂林) tire son nom des arbres osmanthus qui croissent en abondance entre la rivière et les collines karstiques. En prenant le chemin de la rivière Li, les visiteurs de la Chine ultra moderne, venant de Beijing, de Shanghai ou de Xian, ont l’impression de changer d’époque, de faire, sans transition, un retour vers le passé.

Ils s’arrêtent volontiers sur le bord d’une rizière pour prendre le temps de saluer le paysan qui entretient son lopin aquatique à l’aide d’une charrue tirée par un buffle. De l’embarcation à fond plat qui accoste à l’embarcadère débarque une femme voutée qui, en réponse à notre « ni hao », nous sourit. Son beau visage est étiré par les ans, mais elle est robuste, pleine d’alacrité, portant allègrement les achats du marché à l’aide d’une palanche qu’une autre personne l’aide à équilibrer.

Au fil de l’eau, l’embarcation à fond plat nous laisse découvrir des paysages bucoliques où des buffles paissent paisiblement sur des prairies humides avec, en arrière-plan, les collines karstiques, les « dents du dragon ». J’ai failli demander à notre guide de faire un détour pour rechercher la septième, celle où Yoko Tsuno découvrit la caverne qui abrite la dépouille de la troisième épouse de l’empereur Tchin-tsong. Plus en aval, peu avant de modestes chutes, un pêcheur aux cormorans, accroupi sur une barque longiligne, s’abrite sous un chapeau de paille au large bord, attendant le moment favorable pour lancer l’un de ses volatiles à la capture d’un poisson. Sitôt que l'oiseau remonte à bord, l'homme prend sa gorge dans un anneau. Ainsi peut-il s'emparer de sa proie quand elle est de taille suffisante. Alliance étonnante entre un oiseau de mer, capturé puis dressé. Pêche frustrante pour l’oiseau mais son maître le récompense par des massages de la tête et du ventre.

Des haies de bambous encadrent notre dérive. Loin des modestes sections auxquelles nous sommes habitués en Europe, ici leurs tiges ligneuses et siliceuses les rendent aptes à supporter de fortes charges. Ils composent des échafaudages, non seulement pour les modestes travaux repérés le long du fleuve, mais également pour des immeubles de hautes dimensions, ce que j’avais eu la surprise de découvrir lors d’une escale à Hongkong en 1994.

Une agréable halte en dehors du temps, entre rêve et réalité…

(1) Roger Leloup. La jonque céleste. Dupuis, 1998.

(2) Paul Tréguer. Dans les pas de deux géants. Librinova, 2020.