Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

15 septembre 2020

NEPTUNE BOOSTE EOLE

20 juin 2006.

Visitant des centres européens d’océanographie, je circule sur les autoroutes littorales de l’Europe du Nord, du Schleswig-Holstein à la Frise orientale. C’est le « plat pays » de Jacques Brel, balayé par les vents dont le souffle berce mon imaginaire. Souvenez-vous : « Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague, Et des vagues de dunes pour arrêter les vagues,… Avec le vent du nord qui vient s'écarteler,…Quand le vent est au sud écoutez-le chanter »... Le long du littoral de la Baltique et de la Mer du Nord, les éoliennes, en nombre, brassent un air turbulent. Leurs élégantes pales mettent en mouvement une turbine qui génère de l’électricité distribuée sur le réseau, à la disposition des habitants et des industries.

« Supergrid »…

26 août 2020.

A l’école d’été « Mer et Journalisme » (2) qui s’est tenue à Brest, Antoine Rabain (Geckopshere) rappelle qu’au niveau planétaire la production d’énergie électrique reste encore massivement carbonée. Dans ce contexte, « les énergies marines renouvelables » (éoliennes posées ou flottantes, hydroliennes, usines marémotrices, énergie thermique des mers…) sont des « filières déterminantes » pour répondre aux enjeux énergétique et climatique au niveau mondial, et aux enjeux socio-économiques et industriels des territoires. Jean-Philippe Pagot (EDF-Energies nouvelles) a estimé que le parc éolien marin en construction au débouché de la Loire permettra de satisfaire les besoins en énergie électrique des villes de Nantes et Saint-Nazaire. 

En Europe, la Grande-Bretagne et l’Allemagne développent, de longue date, des champs d’éoliennes offshore. Leur rendement est deux fois supérieur à celui des éoliennes à terre (en effet le vent est quasi permanent en mer, sauf dans les zones des calmes équatoriaux). La technologie évolue très vite. Les éoliennes offshore grandissent en puissance et en taille (voir figure ci-dessus), ce qui permet tout à fois de réduire les couts du kilo wattheure de façon drastique et le nombre de machines, donc leur impact environnemental.

Traditionnellement des opposants à l’énergie éolienne et solaire avancent l’argument qu’il n’y a pas, en un endroit donné, toujours du vent ou du soleil et que donc, rien ne vaut la construction de centrales nucléaires pour assurer la transition énergétique décarbonée. 

Si le stockage d’énergie à partir d’une source de production d’énergie essentiellement variable est un problème clef (ce n’est pas ici le lieu pour développer les solutions opérationnelles), il est aussi vrai qu’à l’échelle de l’Europe, en un point quelconque de l’Europe il y a toujours du vent ou du soleil. D’où l’idée de relier les sources locales d’énergie entre elles, à l’aide d’un réseau. Le réseau « Supergrid », initié en décembre 2009 lors du Conseil de l’Union européenne sur l’énergie, est en train de relier les pays du Nord et les pays du Sud de l’Europe, par des câbles à courant continu haute tension, pour une meilleure sécurité énergétique. 

En fait, « Supergrid » se situe dans la foulée directe de l’accord déjà conclu entre des pays riverains de la mer du Nord, de la Baltique, de la Manche, de la mer Celtique et de la mer d’Irlande, pour construire un réseau intégré éolien qui facilite l’exploitation d’un grand potentiel éolien offshore. A noter qu’avec cet accord, les centrales hydroélectriques de Norvège, joueront le rôle de gigantesques batteries capables de stocker l’électricité produite et de la délivrer au moment des pointes de consommation ou quand la force du vent est localement faible.

 

Au-delà du Projet Alter Breton…

La presse (3) a récemment rappelé que voici quarante ans un groupe de scientifiques comprenant, outre des chercheurs de l’INRA, du CNRS, de l’UBO, du CNEXO (ancêtre d’Ifremer), des enseignants de l’Education Nationale, des agronomes, des paysans et des militants de différentes associations écologiques, avait élaboré le Projet Alter Breton (PAB). La démarche passait par l’identification des besoins en énergie de l’an 2000 en prenant l’année 1975 comme référence. Son objectif était de rechercher les bases d’un écodéveloppement de la Bretagne à 5 départements, appuyé sur l’utilisation exclusive des énergies renouvelables.

Le PAB prévoyait notamment le déploiement à terre, sur les cinq départements bretons, de 2000 d’éoliennes de 2 MW. En 2020, nous en sommes à des machines de 12 MW et à des champs intégrés d’éoliennes dans toutes les mers d’Europe. On voit le chemin parcouru !

(1) Le « Projet Alter Breton –Mieux vivre en Bretagne sans pétrole et sans nucléaire ». Supplément au « Combat Socialiste – Vivre au pays », décembre 1979

(2) https://www-iuem.univ-brest.fr/mer-et-journalisme-2020/

(3) Ouest-France, 24 juin 2020.

1. Champ d’éoliennes, illustration du « Projet Alter Breton (1) » par Christian Anat, décembre 1979 ;

2. Projet d’éolienne offshore (General Electric Renewable Energy) pour équiper le Dogger Bank (mer du Nord) en 2023, document Antoine Rabain, Geckophere).