Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

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Carte de la Nouvelle-Zélande (crédit GEOAtlas) ; Joe Jennings, Linda Herlihy, et Paul Tréguer en escale à Auckland le 1er janvier 1990

(Crédit photo : Julie Ahern) ; Art maori : pataka pour le stockage d’aliments (Crédit photo : Catherine Charreteur).

Ile du nord, de gauche à droite : Cathedral cove (presqu’île de Coromandel) où fut tournée « Le monde de Narnia » (2008) d’Andrew Adamson;  la plage de Karekare où fut tournée une scène mythique du film "La leçon de piano" (1993) de Jane Campion ; Activité géothermique à Rotorua (Crédits photo : Catherine Charreteur).

Ile du sud, de gauche à droite : Aoraki/Mount Cook (3724 m) National Park ; Tasman valley ; Arthur’s Pass National Park : Avalanche Track  (Crédits photo : Julie Maignan).

15 décembre 2020

New-Zealand

Porte de l’Antarctique…

 

1er janvier 1990. Je mets enfin le pied sur la terre de la Nouvelle-Zélande, à 1500 km à l’ouest de l’Australie. Avec l’équipe de l’Oregon State University, en provenance de Portland (Oregon), via Honolulu, j’atterri à Auckland. Face à la presqu’île de Coromandel, la partie septentrionale de l’île du Nord (Te Ika-a-Māui) est constituée de basses terres. Je suis à 19 000 km de Brest, presque aux Antipodes de la France. Après une brève escale, avec Dave, Joe, Julie et Linda, nous embarquons dans un jet qui nous offre une vue imprenable sur les hauts reliefs de la partie méridionale de l’île du nord et, une fois passé le détroit de Cook, sur ceux bien plus élevés de l’île du Sud (Te-Wai-Pounamu). A Christchurch, j’ai rendu hommage à Robert Falcon Scott, au pied de la statue immaculée érigée par Kathleen Scott, son épouse. Le 26 novembre 1910, le Terra Nova de Scott quitte Littleton, le port de Christchurch pour faire route vers la mer de Ross, à quelques 2 300 km. Après avoir conquis le pôle Sud le 18 janvier 1912, un peu plus de trois semaines après Roald Amundsen, Scott décède tragiquement sur le continent blanc. La Nouvelle-Zélande est aujourd’hui la base des liaisons aériennes américaines vers l’Antarctique. Le 4 janvier 1990, je décolle de Christchurch à bord d’un Hercules LC-130 (1) de l’US Naval Force. Au terme d’un vol de huit heures et le survol du volcan Erebus j’« atterri » sur la calotte glaciaire à Williams Fields, à proximité de la base américaine de McMurdo. C’est le début d’une aventure en Antarctique (1) (2).

Le Seigneur des Anneaux…

Très tôt mon imagination a erré en Nouvelle Zélande avec Jules Verne, Robert et Mary Grant, les enfants du capitaine Grant. Naviguant le long du 37ème parallèle sud ils sont à la recherche de leur père, naufragé du Britannia. Un pays « conquis » par les Britanniques aux dépens des Maoris. Débarqués sur l’île du Nord ils sont capturés par les Maoris. Parvenus à s’enfuir ils sont récupérés de justesse par le navire Duncan avant de retrouver leur père sur la mythique île Maria-Theresa (Tabor), à l’ouest de la Nouvelle-Zélande.

Au retour de la campagne antarctique je retrouve avec plaisir Christchurch, au style très « british ». Je prends le chemin de fer jusqu’à Arthur’s pass, pour un trop bref coup d’œil aux Alpes du sud, où culmine le Mont Cook (3724 m). Plus tard je nouerai des relations avec des collègues scientifiques de l’Université d’Otago (Dunedin, île du Sud).

Les paysages grandioses de la Nouvelle Zélande ont, de longue date, retenu l’attention des metteurs en scène. La filmographie de la Nouvelle-Zélande est attachante : La leçon de piano (1993) de Jane Campion, Le Seigneur des Anneaux (2001-2003) de Peter Jackson, Le monde de Narnia (2008) d’Andrew Adamson…

A l’échelle du Pacifique

A l’échelle de l’Océan Pacifique, la Nouvelle-Zélande est un tout petit pays (moins de la moitié de la surface de la France), peuplé seulement d’un peu moins de 5 millions d’habitants (soit un peu plus que la Bretagne à 5 départements) dont 280 000 maoris. Indigènes, ceux-ci, dès les débuts de la colonisation au 19ème siècle, résistent à l’envahisseur britannique et savent faire respecter leurs droits et leur culture, de telle sorte que le maori est langue officielle de la Nouvelle-Zélande, au même titre que l’anglais et que la langue des signes. La dénomination de l’excellente équipe de rugby, les « All Blacks », et leur impressionnant chant de guerre « Haka », témoignent de l’intégration de la culture maori par l’ensemble de la population néo-zélandaise, dite « kiwi ».

Unique dans l’empire britannique, la Nouvelle Zélande instaure le suffrage universel dès 1879, pour les hommes, et dès 1893, pour les femmes. La Nouvelle-Zélande est donc le premier pays du monde à reconnaitre le droit de vote des femmes.

Pays industrialisé, au niveau de vie élevé, son activité agricole est particulièrement exportatrice vers les pays du Pacifique, particulièrement vers sa voisine l’Australie mais aussi vers les Etats-Unis, le Japon et la Chine. Membre du Commonwealth, elle garde quelques liens commerciaux avec l’Angleterre.

Les forces de l’espoir…

En mars 2019, la première ministre Jacinda Ardern devient célèbre au niveau mondial par son empathie envers la communauté musulmane, victime de l’attentat d’un suprémaciste blanc. Elle remporte les élections législatives en 2020.

En septembre 2020 son pays lance un « programme ambitieux » de lutte contre le changement climatique (projet de loi de « neutralité carbone », sur cette notion voir l’Air du temps du 15 novembre 2020). Il y a lieu d’agir en effet car la consommation d'énergie primaire de la Nouvelle-Zélande par habitant était en 2017 supérieure de 130 % à la moyenne mondiale, en raison notamment des dépenses énergétiques de ses usines d'aluminium. Ses émissions de CO2 par habitant sont supérieures de 53 % à la moyenne mondiale en 2017. A noter que sa production d'électricité (22,8 % de la consommation finale d'énergie) est tirée à plus de 80% des énergies renouvelables (hydraulique, géothermie, éolien, biomasse). Le 2 décembre 2020, devant le parlement, Jacinda Ardern proclame « l’état d’urgence climatique », affichant l’ambition de produire 100% d’énergies renouvelables d’ici à 2035.

Un bon exemple des « forces de l’espoir » dans ce monde du 21ème siècle traversé par la montée de populismes en tous genres.

  1. Paul Tréguer. Trois marins pour un pôle. Quae, 2010.

  2. Paul Tréguer. Journal d’un océanographe – Sur le rebord du monde. Elytis, 2018.