Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

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1er avril 2021

PATAGONIE

La Patagonie chilienne au terme sud de la Cordillère des Andes.

12 janvier 1989.

Après presque plus d’un mois et demi de mer dans l’océan Antarctique, le brise-glace Polarstern nous débarque à Punta Arenas. Voici deux ans déjà (Air du temps du 1er mars 2021), nous avons pris contact avec cette métropole du Grand Sud, et nous retrouvons vite nos repères. La visite de la villa-musée Braun-Menendez nous remémore les principaux épisodes de l’histoire de la colonisation de la Patagonie chilienne. A partir du 19ème, les Européens, après avoir chassé les indigènes, ont notamment développé des élevages intensifs de moutons. A la fin du 20ème siècle, cette activité connaît un fort déclin en raison des impacts de la déforestation et du surpâturage, mais aussi du fait de la baisse du cours de la laine. Ce déclin se poursuit aujourd’hui :  en cinquante ans le nombre de têtes de mouton a été divisé par 3.

Quittant Punta Arenas, dans un véhicule automobile de location nous partons à la découverte de la Patagonie chilienne. Notre objectif est d’atteindre le parc national de Torres del Paine, au nord de Puerto Natales (51°43′ Sud ; 72°29′ Ouest), capitale de l’Ultima Esperanza (l’espérance ultime, un nom qui fait rêver…). Depuis 1978, ce parc est devenu une réserve de biosphère de l’UNESCO.

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Paysages patagoniens (Chili) : des terres abondamment arrosées (crédit : Paul Tréguer).

Paysages patagoniens : ce qui reste des arbres après des incendies déclenchées pour l’extension d’élevages ; les eaux turbulentes du fjord de Puerto Natales sont noires car elles sont chargées en matières humiques (crédits : Danièle et Paul Tréguer)

Paysages patagoniens...

 

Les biomes de la Patagonie chilienne côté Chili comprennent des fjords glaciaires, des pentes montagneuses abondamment arrosées, propices aux herbages et aux forêts, mais aussi des espaces totalement transformés par des incendies à répétition pour l’extension des élevages. C’est très différent de la Patagonie argentine où, de l’autre côté des Andes, dominent steppes arides, prairies et déserts.

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Aux abords du détroit de Magellan des manchots éponymes ; alpagas sur les pentes des Andes (crédits : Paul Tréguer).

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Groupes de lamas en Patagonie chilienne (crédit : Paul Tréguer).

Libres chevaux de Patagonie… (crédits : Paul Tréguer)

Faune naturelle et importée

 

Avant d’aborder les Andes, à l’abri de quelques recoins du rivage ou sur une prairie, nous rencontrons les immanquables manchots, typiques des régions subarctiques. Ceux qui s’agitent devant nous sont dits de Magellan (Spheniscus magellanicus). Leur taille moyenne est de l’ordre de 50 cm, très en deçà de celle des manchots royaux (Aptenodytes patagonicus) que nous avons pris l’habitude de fréquenter dans les îles australes et antarctiques françaises. Sur les pentes de la Cordillère des Andes, de la Patagonie à la Terre de Feu, prolifèrent les guanacos (Lama guanicoe), à la fourrure brune roussâtre. Ces agiles camélidés sauvages, qui mesurent 1,20m environ au garrot, se distinguent nettement des alpagas (Vicugna pacos), à la sombre fourrure laineuse, qu’en 2003 nous rentrerons plus nord en latitude.

Des hordes de chevaux paissent librement dans de vastes prairies. Nous n’avons pas vu de gauchos les y poursuivre. Nos tentatives d’approches se sont avérées vaines car ces équidés restent craintifs.

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Sur la route du lac Grey, station de ravitaillement (manuel) en carburant en 1989 (crédit : Paul Tréguer).

Patagonie chilienne : en pleine végétation sur la route du lac Grey (crédits : Danièle Tréguer).

Patagonie chilienne : franchissement d’un pont de bois en 2003 ; Salto Grande près du lac Paloe sur la route du lac Grey (crédits : Danièle Tréguer).

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Grâce à un pont suspendu, passage en plein vent du rio Grey : il donne accès au lac éponyme dans lequel se déverse des icebergs (crédits : Paul et Danièle Tréguer).

Sur la route du lac Grey…

 

Quand, en janvier 1989, avec Anick, Jeanine, et Maria, nous prenons la route à bord d’une Toyota, Annick est notre conductrice. A cette époque, l’accès au parc national de Torres del Paine est difficile. Il faut circuler sur une voie unique de béton. Aussi, en cas de croisement, il faut se rabattre à l’écart sur le bas-côté caillouteux. Le ravitaillement en carburant est unique : le jeune employé de la station utilise une pompe manuelle pour remplir un bidon dont il transfère ensuite le contenu dans le réservoir de l’automobile. Franchir un pont de bois est presque un art, parfaitement maîtrisé par Annick. Quand nous y sommes retournés en 2003, franchir une rivière est moins acrobatique: le parc est devenu une destination touristique majeure et les ponts de bois sont un peu plus solides…

Parvenus au parc, il nous faut franchir le rio Grey par un pont suspendu quelque peu instable.

Il donne accès au lac éponyme dans lequel se déversent des icebergs vêlés par un glacier. Cet accès peut être très turbulent ! En effet, le vent qui descend des Andes est aussi violent que celui qui souffle aux îles Kerguelen. Aussi, n’est-il pas rare de devoir se mettre à plat ventre pour tenter de prendre, sans bouger, une photo des icebergs…

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Le massif des sommets de Torres del Paine surmontés d’un vortex atmosphérique (crédit : Paul Tréguer).

Torre del Paine : la merveille…

 

On peut passer des heures à contempler les quatre sommets du massif de Torres del Paine dont les figures varient au gré des éclairages. Ces sommets culminent entre 2600 m (Punta Bariloche) et 3050m (Cumbre principal). Notre guide nous explique que ce massif est nettement plus jeune que les montagnes de la cordillère des Andes. Il date en effet de

12 millions d’années, contre 13 à 60 millions pour le reste de la chaine des Andes.

De ce fait, les effets de l’érosion de Torres del Paine ne sont pas encore trop visibles et le spectacle est grandiose, d’autant que le massif génère la formation d’un impressionnant vortex atmosphérique qui élève notre esprit jusqu’à la stratosphère…

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Près de Santiago-du-Chili les Andes culminent à 6962 m (Acacongua) (crédits : Paul et Danièle Tréguer)

Sur le vol de retour, de Punta Arenas à Santiago du Chili, quelques trouées dans une mer de nuages laissent apercevoir les hauts plateaux et les plus hauts sommets des Andes, dont l’Acacongua situé en Argentine. Il pointe à 6 962 m d’altitude près de la frontière chilienne.  Impossible de ne pas penser aux temps héroïques de l’Aéropostale de Guillaumet et Saint-Exupéry (1) où il fallait franchir les Andes avec de rudimentaires aéronefs...

Fascinante Patagonie. A la fois, témoin de ce que les hommes peuvent accomplir de meilleur et de pire, et d’une nature grandiose, à couper le souffle…

  1. Antoine de Saint-Exupéry. Terres des Hommes, Gallimard (1939).