Air du temps

REFLEXION

SUR L'EVOLUTION

DU MONDE

20 août 2020

PLASTIQUE...

15 mars 2009. En amont de Louksor le « Hapi 2 » remonte le Nil. Le navire se rapproche de la rive ouest de cet immense fleuve. Loin des paysages mythiques de l’Egypte ancienne, j’aperçois une rive noyée de matières plastiques qui se déversent en nombre, au fil d’une eau fluviale qui, en l’espace de quelques semaines, les répandra en Mer Méditerranée, sous forme de déchets de différentes tailles, du macro déchet à la nanoparticule…

De la génération Tupperware….

Le plastique… c’est fantastique ! C’est ce que nous avons appris en cette deuxième moitié du 20ème siècle. La société fondée en 1946 aux Etats-Unis par l’ingénieur américain Earl Tupper répand l’usage d’ustensiles de cuisine en polyéthylène. C’est un polymère de l’éthylène produit à bas cout par la pétrochimie, et donc à partir des hydrocarbures fossiles. A l’aide de « démonstration-vente à domicile » leur usage se développe en Europe à partir des années cinquante. Quel jeune couple, en voie d’installation ménagère, n’a-t-il pas été sollicité par une représentante de la société Tupperware pour inviter ses ami(e)s à une telle démonstration ? Aucun doute, les objets Tupperware c’est pratique et ils sont pratiquement inusables à l’échelle de plusieurs générations. Les emballages plastiques sont, pour une grande part, également composés de polyéthylène. Leur usage est à ce point répandu à l’échelle planétaire que je me suis étonné de retrouver des emballages traditionnels de papier en faisant mes courses au « Safeway » de Corvallis(1) quand, à partir de 1986, j’ai commencé à séjourner régulièrement en Oregon, état forestier, il est vrai.

D’autres polymères interviennent en nombre dans notre vie quotidienne. Ainsi le « téflon », découvert par hasard en 1938 par Roy Plunkett, chimiste de la société du Pont de Nemours. Thermoplastique ce fluoropolymère s’avère être un revêtement antiadhésif idéal dans les ustensiles de cuisine. J’ai, moi-même, lors d’un stage de recherche à la Société Le Carbone-Lorraine, contribué à la mise au point d’« alliages » de téflon et de métaux à faible coefficient de frottement pour les poêles à frire.

Pratiques donc ces plastiques mais, revers de la médaille, comme ils sont chimiquement très stables ils sont pratiquement non « biodégradables ». A noter que le téflon, se décompose thermiquement à haute température, avec émission de tétrafluorure de carbone, un gaz à effet de serre très efficace.

 

…à la génération « Sea Cleaners »

Au 21ème siècle, avec l’explosion démographique et le développement généralisé des plastiques dans la vie quotidienne, à l’échelle globale les débris de plastique transportés par voie éolienne et fluviale s’accumulent dans l’océan. Estimé aujourd’hui à 11 millions de tonnes par an, si rien ne change, le flux de matières plastiques dans l’océan pourrait être en 2040 de 29 millions de tonnes, ce qui correspondrait à un déversement d’environ 25 kilogrammes de plastique par kilomètre de côte. Ce n’est pas ici le lieu pour rappeler les impacts majeurs des matériaux plastiques de différentes tailles sur la vie marine, non seulement dans les mers côtières mais également dans les mers du large où les courants marins peuvent les accumuler en forte densité.

Nous n’avons pas le choix. Si nous voulons arrêter de perturber les écosystèmes terrestres et marins…et notre propre santé, il nous faut faire une révolution dans l’usage des matériaux plastiques. Une récente étude de Winnie Lau et de ses collaborateurs, parue dans la revue « Science », montre qu’en vingt ans nous pouvons réduire de presque 80% le flux de matières plastiques déversées dans l’environnement. A condition de faire feu de tout bois à l’échelle individuelle et globale (remplacement des plastiques par des matériaux biodégradables, recyclage des plastiques dont l’usage reste indispensable, etc..) et de coordonner une puissante action à l’échelle internationale pour limiter la fabrication et l’usage des matières plastiques en visant le zéro rejet vers le système aquatique. Impossible, direz-vous ? Mais si, pensez à l’accord international de Montréal (1989) pour la réduction de l’usage des fréons en relation avec « le trou d’ozone » !

Vous me permettrez d’avoir une attention particulière pour les océans. Même si leurs résultats sont limités (les techniques actuelles de collecte ne peuvent récupérer les micro- et les nanoparticules de plastique), il faut aussi encourager toutes les initiatives du type « Sea Cleaners », « les nettoyeurs d’océan », soit au niveau de l’océan du large, soit sur le long du littoral, où des « bacs à marée » vous invitent à recueillir sur l’estran les débris divers, notamment de plastique, avant qu’ils ne retournent à l’élément liquide.

(1) « Dans les pas de deux géants », Paul Tréguer, Librinova, 2020.