Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

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1er mars 2021

PUNTA ARENAS

Punta Arenas (Chili), au terme sud de la Cordillère des Andes, dans le détroit de Magellan.

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Punta Arenas. 4 avril 1987, 14h30.

Le pape Jean-Paul II vient de célébrer la messe. Les citoyens mécréants de la laïque République Française sont enfin autorisés à débarquer du Marion-Dufresne (1)(2). Dans le vent frais qui rabat nos capuches nous marchons d’un bon pas vers le centre-ville, pour découvrir cette porte australe du Grand Sud, et pour rendre hommage à Hernando de Magallanes. Avant de connaître une fin tragique, son expédition parvint le 28 novembre 1520 à échapper aux traîtres dédales d’un bras de mer inconnu, embouqué le jour de la Toussaint. Nous sommes en terre chilienne, à l’extrémité méridionale de la chaîne des Andes, à moins de 400 km du mythique cap Horn. 

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Dans le détroit de Magellan, Punta Arenas, vue depuis le détroit de Magellan ; depuis la colline du nord, plongée sur Punta Arenas, au large la Terre de Feu, à gauche la direction de l’océan Atlantique, à droite celle de l’océan Pacifique. ( Crédits photo : Paul Tréguer ).

Plate-forme de ravitaillement en pétrole des navires navigant dans le détroit de Magellan. Crédits photo : Paul Tréguer.

La Terre de Feu

 

Pour parvenir à Punta Arenas, venant de l’océan Antarctique nous avons navigué la nuit dans le détroit de Magellan. Cette navigation garde un caractère magique : de lumineuses torchères paraissent émaner de la Terre de Feu, évoquant celles, plus rudimentaires, des Selknams, des Yagans et des Alakalufs, aperçus par l’expédition de Magellan. En fait, aujourd’hui les flammes sont émises par des plateformes d’exploitation de gisements de gaz et de pétrole, dont la découverte date de l’après deuxième guerre mondiale, exploitation qui reste une source de tension entre Argentins et Chiliens qui se partagent la Terre de Feu.

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Punta Arenas célèbre Magellan, découvreur du détroit éponyme ; port de pêche : chalutiers de la « Pesquera Elmeralda ». Crédits photo : Paul Tréguer.

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Paysage de la Terre de Feu ; Ushuaïa (Argentine): le port ouvert sur l’Antarctique; ( Crédits photo : Stéphane Delapierre ).

Le passage du sud-ouest…

Punta Arenas (la pointe des sables) fut originellement une colonie pénitentiaire, avant de devenir en 1848, une ville-port. Elle est située face à la Terre de Feu, sur la rive nord du détroit de Magellan, en zone subantarctique par 53° de latitude sud. Au 19ème siècle Punta Arenas fut un port important pour le passage du sud-ouest, entre les océans Atlantique et Pacifique et vice-versa, servant de relais avant ou après le difficile passage de Drake, après avoir doublé le cap Horn. L’ouverture du canal de Panama, en 1914, mit fin à son rôle de hub transocéanique et les trois-mâts géants ne lui firent plus l’honneur d’une escale. Aujourd’hui Punta Arenas reste un actif port de pêche : les chalutiers de la « Pesquera Esmeralda » s’agglutinent le long des quais, délaissant les navires usines mouillés plus au large. C’est aussi un port pétrolier à proximité de sources d’énergies fossiles. C’est enfin le point de départ des expéditions polaires, concurrent d’Ushuaïa (Argentine), ville-port située sur le rivage méridional de la Terre de Feu, à 100 milles du Cap Horn et plus proche de l’Antarctique. Le détroit de Magellan est très utilisé aujourd’hui : chaque année il est emprunté par plus de 1500 navires pour les besoins des économies chilienne et argentine.

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A Punta Arenas, le musée de la Patagonie. (Crédits photo : Paul Tréguer).

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A Punta Arenas, musée de la Patagonie : vestiges de la colonisation européenne, principalement croate. ( Crédits photo : Paul Tréguer).

le cimetière de Punta Arenas, lieu d’Histoire : témoin de la colonisation de la Patagonie par les Européens, ici monument funéraire breton ; culte de del Indiecito. 

( Crédits photo : Paul Tréguer ).

L’impact des Européens

La visite du cimetière de Punta Arenas fait prendre conscience de l’histoire tourmentée de la Patagonie. Dans l’extrémité nord-ouest du reposoir le culte de del indiecito est célébré, en l’honneur des derniers indigènes décimés par des épidémies et les persécutions, témoin tragique de l’histoire de la colonisation par les européens. Les villas-caveaux de Croates, d’Italiens, d’Espagnols, de Britanniques, de Bretons, et d’Allemands témoignent de la part qu’ils ont pris dans l’occupation de la Patagonie, sur laquelle je reviendrai dans un prochain Air du temps. Si loin de l’Europe, n’est-il pas étonnant de trouver dans ce cimetière une stèle en hommage à des marins allemands disparus en mer ? Ce sont ceux de la bataille des Falkland (les Malouines), à quelques 600 milles nautiques du détroit de Magellan,

où le 8 décembre 1914, dès l’ouverture de la première guerre mondiale, le Scharnhost,

le Gneisenau, le Nürnberg, et le Dresden, navires de l’escadre de l’amiral von Spee, furent coulés par les Anglais.

  1. Paul Tréguer. Journal d’un océanographe - sur le rebord du monde. Elytis, 2018.

  2. Marc Soviche. Du bleu, du gris, du blanc, le Marion Dufresne dans le grand Sud. Ed. Gerpic, 1999.

  3. Annette Laming. Tout au bout du monde, avec les hommes et les bêtes de la Patagonie. Amiot Dumont, 1954.