Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

1. : Février 1932, Shanghai, dans la concession internationale l’armée japonaise s’apprête à affronter l’armée nationale révolutionnaire  chinoise.

   photo Thomas LE BRIS.

2. : Mai 2015 : à Shanghai, dans l’ancien quartier français de la concession internationale. photo Paul TREGUER.

3. : Novembre 2003, au débouché du Yangtzé, un Shanghai en pleine expansion vue de la tour « Jin Mao ». photo Paul TREGUER

1er septembre 2020

SHANGHAI

Son nom revient chaque année au premier plan de l’actualité des médias avec la publication, depuis 2003, du « classement de Shanghai ». Au niveau international, il range les universités en fonction de leur niveau d’excellence en recherche. J’avoue avoir appris avec plaisir qu’en océanographie, dès 2018, l’Université de Brest se place tout en haut du classement.

Shanghai, est situé à l’embouchure du « Fleuve Bleu », le Yangtzé. Depuis longtemps cette ville reflète les contradictions de la Chine en marche alliant un modernisme débridé à un archaïsme qui a toutefois de plus en plus de mal à résister au vent portant. Elle a toujours eu une place spéciale dans l’Histoire de la Chine. Ville des nouveaux riches, des missionnaires, des aventuriers de tout poil, mais aussi foyer révolutionnaire au XXe siècle. Shanghai est le lieu mythique où André Malraux situe l’action de « La Condition Humaine » quand, en mars 1927, les cellules communistes préparent le soulèvement populaire. Aidé par les occidentaux qui occupent la concession internationale, Tchang Kaï-Chek fait assassiner, le 12 avril 1927, des milliers d'ouvriers et de dirigeants communistes par la Bande Verte, une société secrète (1).

Février 1932. Thomas Le Bris, premier maître à bord du croiseur français « Waldeck Rousseau », fait escale à Shanghai. C’est un Breton svelte et intrépide. Equipé d’un Kodak à soufflet, il parcourt la Chine (1), prenant à Shanghai des photos inédites de soldats japonais dûment équipés de tanks pour tenter, depuis la concession internationale, d’imposer leur loi aux membres de l’Armée révolutionnaire chinoise.

Dans l’histoire de Shanghai l’établissement d’une concession internationale est un événement marquant. Créée en 1846, elle prend fin en 1943 quand le Japon envahit de nouveau la Chine. Pendant plus d’un siècle la France occupe un quartier de la concession accolé au Bund. Le Bund, c’est ce boulevard qui, le long du fleuve, est jalonné de somptueux édifices de style européen et de banques. Le quartier français s’étend progressivement vers l’ouest. A son apogée, dans les années 1930, il accueille une population hétéroclite qui dépasse 498 000 habitants dont seulement 1430 Français. Quand en 1932, Thomas Le Bris visite la concession internationale, celle-ci compte plus d’un million d’habitants dont 44 000 étrangers (Américains, Britanniques, Français, Japonais, Italiens, Russes, et Allemands).

Dans le Shanghai d’aujourd’hui, le quartier français de l’ancienne concession internationale n’a pas perdu toute trace des années 1930. Des platanes d’origine française bordent toujours les avenues, devenues trop étroites pour l’intense flot automobile de la Chine moderne, et de petits jardins de styles divers ornent des demeures de type occidental. S’attabler aux cafés ou faire une étape dans les restaurants qui bordent de charmantes places permet, pour quelques instants, d’arrêter le cours du temps et de se rappeler l'histoire unique de cette grande mégapole qui accueille aujourd’hui plus de 70 millions d’habitants.

(1) « Dans les pas de deux géants », Paul Tréguer, Librinova, 2020.