Air du temps

REFLEXION

SUR L'EVOLUTION

DU MONDE

15 juillet 2020

VOYAGES !

Vingt octobre 2018, Hangzhou (Chine). Je suis grimpé sur un pont de pierre qui enjambe le Grand Canal au nord du Lac de l’Ouest. Ce gigantesque ouvrage a été construit au 5ème siècle avant notre ère. Je me suis assis au sommet de l’arche pour observer le passage rapide de péniches chargées de matières premières, témoignage d’une intense activité économique d’un géant du 21ème siècle. À mes côtés, une jeune femme et un garçon aux cheveux noirs, fasciné par cet étranger si proche. Par un signe de la main je lui demande son prénom et son âge. Dans un anglais parfait, sa mère, dont le visage s’éclaire, me répond : « -Huan, il a quatre ans ». Quand je me nomme à mon tour, Huan se réfugie derrière sa maman qui m’interroge : « -D’où venez-vous ? Que faites-vous à Hangzhou ? ».

 

Dix-neuf avril 2018, Kenitra (Maroc). Avec de larges sourires, sur le bord de la route, une petite fille et son frère tentent de vendre quelques paquets de cigarettes aux conducteurs des automobiles de passage. Passée la casbah crénelée qui domine le site, dans la ville le sable est partout. Au soleil presque couchant Adherraman m’a conduit jusqu’à la plage de Mehdia, battue par la très longue houle de l’Atlantique. La brume s’est levée sur la mer. Sur l’immense étendue de sable deux cavaliers en uniforme de l’armée de terre cravachent leurs montures dont les sabots s’enfoncent profondément dans une dune, très entamée par une carrière de sable…

 

Quatre avril 1987. Dans le détroit de Magellan, Punta Arenas (Chili) abonde en témoignages des implications de la ville dans l’Histoire. Dans le cimetière, le culte de l’Indien inconnu, «del Indiocito », seule trace de la colonisation tragique de cet espace rude et, jusqu’au 18ème siècle, de la quasi extermination des autochtones par les colons européens, est célébré à l’angle nord-est du reposoir. A droite de la statue, un oratoire fleuri, où se recueillent un père et son fils à genoux. Derrière eux, en retrait, un petit enfant aux cheveux de jais se tient debout. Il se retourne, et lance à cet européen qui prend quelque intérêt aux rares survivants des patagons et des alakalufs, avec son plus beau sourire, « -Saludo ! »

Europe, Afrique, Asie, Amérique, diversité des mondes et prise de conscience de leurs Histoires différentes. Avec les pandémies, actuelle et à venir, il est devenu classique dans les émissions de radio et de télévision d’opposer tourisme et voyages. Est-ce décidément la fin des voyages et de la découverte des autres peuples, de la prise de conscience de l’altérité ?

 

Je ne le pense pas et je ne le souhaite pas. « Voyager c’est grandir. C’est la grande aventure. Celle qui laisse des traces dans l’âme » écrit à juste titre Marc Tiercelin, navigateur. De Troie à Ithaque, dans « Un été avec Homère », Sylvain Tesson nous entraîne puissamment dans le sillage d’Ulysse, à la découverte des mondes, des mythes et des peuples de la Méditerranée dont il toujours aussi important de connaître l’Histoire, si l’on veut comprendre comment les hommes sont sortis des tempêtes du passé pour mieux affronter celles de l’avenir.

Surmontant les réflexes isolationnistes et de repli sur soi, l’heure est décidément aux voyages, sans doute pas ceux qui incitent à ne rien voir des autres, mais à ceux que proposent Pablo Rumiz, qui nous incite à la découverte d’une Italie inédite dans « Le pays des montagnes qui naviguent », ou à la rencontre des peuples sans cesse soumis aux aléas de l’Histoire « Aux frontières de l’Europe », du grand nord finlandais aux reflets d’encre de la mer Noire, …ou Pierre Adrian et Philibert Humm dans « Le tour de la France par deux enfants d’aujourd’hui »