Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

1er septembre 2022

Australie

1_Australie Atlas F Nathan.jpg

L’Australie, bordée par les océans Indien et Pacifique, 11 fois la surface de la France mais 2,5 fois moins peuplée (crédit : atlas F. Nathan)

Avril 1991.

C’est l’automne à Sydney (Australie). Je participe à une rencontre scientifique franco-australienne sur les sciences de l’univers. C’est mon premier séjour en Australie, une nation d’importance géostratégique dans l’océan Pacifique. Une opportunité pour découvrir la capitale de la Nouvelle-Galles du Sud, le premier état de l’empire britannique en Australie.

6 janvier 1788 : l’explorateur français François de Galaup de la Pérouse atteint Botany Bay à Sydney pour, sous l’ordre de Louis XVI, étudier les possibilités de colonisation de ce vaste espace. Il reprendra la mer six semaines plus tard pour disparaître dans un naufrage sur les récifs de Vanikoro (îles Santa Cruz). En fait La Pérouse a été devancé à Sydney par le capitaine britannique Arthur Phillip qui, 8 jours plus tôt, a débarqué 1400 personnes donc 759 convicts pour établir une colonie pénitentaire. À l’arrivée du gouverneur Phillip, les aborigènes d'Australie étaient de 300 000 à 400 000 personnes. Considérés comme des singes et non comme des êtres humains mais ils sont massacrés ou refoulés vers les territoires du Nord et de l’Ouest. Un siècle plus tard leur nombre a été divisé par 10. Actuellement ils représentent 3% des presque 26 millions d’Australiens et s’expriment désormais dans plusieurs des parlements territoriaux. Une agréable façon d’entrer dans leur culture est de suivre les aventures originales de l’inspecteur Napoléon Bonaparte dit « Bony » dans les passionnants ouvrages policiers créés par l’écrivain anglo-australien Arthur Upfield (1).

SYDNEY : du capitaine du Bounty au célèbre opéra lyrique

2BIS_Sydney tower 1991.jpg
3BIS_Sydney  2 1991.jpg

Avril 1991, à gauche :  la tour de Sydney ; à droite : Botany Bay (crédits : Paul Tréguer)

10BIS_12OperaSydney24072017 (2).jpg
5BIS_Sydney Foràt 1991.jpg

A gauche, l’opéra de Sydney (crédit : Julie Maignan) ; à droite, le parc tropical près de l’opéra (crédit Paul Tréguer)

Sydney est aussi un lieu privilégié pour se souvenir des révoltés du Bounty (avril 1789) et du capitaine Bligh réputé pour sa cruauté (2). Chassé par l’équipage mutiné, il est abandonné avec ses officiers dans une barque mais survit à cette aventure pour devenir gouverneur de la Nouvelle-Galles du Sud. Son administration sans pitié est, en 1808, à l'origine d'une insurrection, « la révolte du rhum », dirigée par John Macarthur.

Sydney est aujourd’hui célèbre pour son opéra où je n’ai pas manqué d’aller assister à une comédie musicale. Haut-lieu de représentation des arts lyriques, son architecture extraordinaire a été imaginée par le Danois Jørn Utzon. Elle ressemble à un voilier pour les uns, ou à un coquillage pour les autres. A Bennelong Point l’opéra sied à proximité d'un parc boisé, voisin du célèbre pont Harbour Bridge à une seule arche, un modèle fonctionnel qu’on retrouve à des milliers d’exemplaires en Chine.

6BIS_Sydney chauve souris 1991.jpg
7BIS_11SydneyHarbourBridge24072017 (2).jpg

A gauche : chauve-souris voletant en plein jour dans le parc voisin de l’opéra (crédit : Paul Tréguer). A droite : Harbour Bridge avec son arche unique caractéristique (crédit : Julie Maignan).

D’inondations catastrophiques à de gigantesques incendies

5 juillet 2022 : quatre jours de pluies diluviennes et les rivières en crue de la région de Sydney submergent routes et maisons. Des dizaines de milliers d’habitants de la ville la plus peuplée d’Australie ont été obligés de quitter leur domicile. Plus de 50 000 personnes sont évacuées. C’était la quatrième inondation en dix-huit mois.

En période de sécheresse, les incendies de végétation sont fréquents en Australie, de juillet à octobre, au nord, et de janvier à mars, au sud. Par rapport aux méga feux de 1974-1975 (117 millions d’hectares dévastés) les impacts de ceux de 2019-2020, bien que très spectaculaires, sont de moindre importance (18,6 millions d’hectares), en partie du fait que la stratégie de lutte contre les incendies a été grandement améliorée.

8_meiv2.timeseries (2).png

Ce schéma représente l’oscillation australe sur l’océan Pacifique de l’ouest à l’est. Quand l’indice est positif (en rouge) il s’agit d’un phénomène El Niño, quand il est négatif il s’agit d’une période d’El Niña (en bleu) (crédit : NOAA Physical Science Laboratory), voir aussi (3).

En fait l’Australie est coutumière d’importantes fluctuations climatiques associées au phénomène de l’Oscillation Australe El Niño – La Niña à l’échelle de l’océan Pacifique. En période d’El Niño l’Australie et l’Indonésie subissent des sécheresses, tandis que dans les périodes de La Niña les précipitations sont abondantes. Il semble toutefois que sous l’effet du changement climatique les vagues de chaleur et d’humidité soient devenus particulièrement intenses et fréquentes, avec à la clef des précipitations extrêmes, synonymes d’inondations, et de sécheresses accentuées générant des incendies comme ceux de 2019-2020.

9BIS_05YarraRangesRegenerescencedelaForetApresIncendies18062017.jpg

Yarra Ranges National Park à l’est de Melbourne : régénérescence de forêts après de gigantesques incendies (Crédit : Julie Maignan).

Des impacts imprévus des incendies sur l’océan Austral

Les abondantes fumées et nuages de particules émises par les incendies des provinces occidentales de l’Australie en 2019-2020 sont parfaitement repérables par satellite (ci-dessous). Sont ainsi transportées sur de très longues distances des matières en suspension organiques et minérales.

10_Tange et al (2).jpg
11_Tange et al 2 (2).jpg

Haut : vue par satellite des émissions de noir de carbone dues aux incendies australiennes de janvier 2019 ; Bas : images satellitaires de la teneur en chlorophylle des eaux de surface de l’océan Austral, en jaune les zones d’intenses efflorescences planctoniques, d’après Tang et al. 2021 Nature (4).

Une partie de ces matières se dépose en mer enrichissant en fer les eaux de surface subantarctiques et antarctiques qui en sont dépourvues… ce qui provoque le déclenchement d’efflorescences phytoplanctoniques (voir ci-dessus). Du plancton qui pousse dans le sillage des incendies australiens. Autrement dit, un désastre pour les Terriens engendre un bénéfice transitoire pour l’écosystème marin…

Dans un pays qui subit alternativement inondations et incendies, les forces de l’espoir sont à l’œuvre. En mai 2022 les Australiens ont donné la majorité au travailliste Anthony Albanese, nouveau Premier ministre, qui a pour ligne de mire les accords de la COP 21 à Paris. Il vise une réduction de 45% des émissions australiennes de CO2 d’ici à 2030. A suivre donc…

Références :

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Arthur_Upfield

(2) Sir John Barrow. Les mutins du Bounty. Robert Laffont, 1961

(3) Jacques, Tréguer, Lemercier. Océans – évolution des concepts. ISTE, 2020.

(4) Tang et al., Widespread phytoplankton blooms triggered by 2019–2020 Australian wildfires, Nature, 16 September 2021.