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Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

1er  février 2026

La science au service de la société

Résumé :

Depuis l’accès au pouvoir de négationnistes, les sciences sont l’objet de nombreuses attaques partout dans le monde. La recherche scientifique est pourtant cruciale aux progrès de l’humanité. De nombreuses applications de la recherche fondamentale ont été données lors du congrès de l’Académie européenne des sciences qui s’est tenu au CERN, à Genève, en décembre 2025.

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Figure 1 : Sur le thème des impacts sociétaux de la recherche fondamentale, l’Académie européenne des sciences (EurASc) s’est réunie au CERN près de Genève.

16 décembre 2025. Se faufilant au pied des crêts du Jura par la cluse de la Valserine, le TGV progresse rapidement pour parvenir jusqu’aux abords du lac Léman. 

Sous un ciel gris, au pied d’un Mont Blanc enneigé, me voici en Suisse, à la gare de Genève-Cornavin. Le tram me conduit jusqu’à l’immense sphère de bois de Meryn, qui marque l’entrée du Campus du CERN, le Centre européen de recherche nucléaire. Un campus fonctionnel qui accueille le congrès annuel de l’Académie européenne des sciences (EurASc, https://www.eurasc.eu/).

Initiée en 2003 par Hélène de Rode, juriste de l’université de Liège, cette académie a son siège à Bruxelles, à deux pas de la Commission Européenne. Elle se compose de 900 scientifiques, dont 78% originaires des nations de l’Union Européenne et 22% du reste du monde, principalement des Etats-Unis et de la Chine. L’académie est présidée par Rodrigo Martins, spécialiste portugais en nanotechnologies, le vice-président étant Alain Tressaud, expert français de la chimie du fluor. Elle est dirigée par un Presidium de 6 membres. L’EurASc entretient de nombreuses relations avec des académies scientifiques en Europe, au Brésil et en Chine.

Le congrès, organisé par Paul Lecoq, physicien nucléaire formé à l’Ecole polytechnique de Grenoble sous la direction du prix Nobel Louis Néel et promoteur du Centre européen de recherche en imagerie médicale (Cerimed), s’est tenu les 17 et 18 décembre 2025. 

. Il avait pour thème « les impacts sociétaux de la recherche fondamentale » (https://www.eurasc.eu/eurasc-annualsymposiumceremony-2025/).

Une assemblée très riche de science et de diversité.

La recherche fondamentale infuse partout dans la société d’aujourd’hui

A l’écoute d’intervenants de haut niveau, c’était une opportunité unique pour prendre conscience de l’importance des transferts de la recherche fondamentale dans les activités de la vie courante et pour répondre aux défis majeurs du 21ème siècle.

Je prendrais six exemples.

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Figure 2. De gauche à droite et de haut en bas : Camille Parmesan (U. Austin, CNRS), Svitlana Mayboroda (UTH Zurich), Yves Agid (IC, Paris), Cato T. Laurencin (U. Connecticut), Edith Heard (FCI, UK) ; Gustau Camps-Valls (U. Valencia) (crédits : U. Austin, UTH Zurich, IC Paris, U. Connecticut, FCI, U. Valencia)

Camille PARMESAN (Figure 2), haute pointure en écologie terrestre, notamment attachée à l’université d’Austin (Texas), est très impliquée dans les rapports du GIEC depuis une vingtaine d’années[1]. Dans le contexte de la politique négationniste de l’administration Trump, elle a décidé de quitter les Etats-Unis. Accueillie à Moulis (Ariège), à la Station d'écologie théorique et expérimentale SETE du CNRS et de l’Université Toulouse Paul Sabatier, elle bénéficie d’un financement du programme MEGA (Make Europe Great Again) ouvert par le président de la République Française. Son exposé a porté sur les impacts du changement climatique sur de nombreuses espèces terrestres et sur les risques d’aller vers une sixième extinction.

Svitlana MAYBORODA (Figure 2), brillante mathématicienne ukrainienne, en poste à l’Ecole polytechnique fédérale (ETH) de Zurich (Suisse), a évoqué l’utilisation des mathématiques pour quantifier les phénomènes de vagues de différentes natures, en particulier dans les systèmes complexes et chaotiques. Elle a déchiffré de nombreuses applications, allant de la réalisation d’économies d’énergies dans les lampes de type LED, jusqu’à la stabilisation des atomes à très basse température. Elle a obtenu la médaille Blaise Pascal de la division Mathématiques de l’EurASc.

Le prix Leonardo da Vinci, la plus haute distinction de l’académie, a été remis à Yves AGID (Figure 2), neuropsychiatre, fondateur de l’Institut du cerveau à Paris. C’est un expert mondialement reconnu des désordres neurodégénératifs, un sujet particulièrement pertinent dans une Europe aux populations vieillissantes. Son exposé, très imagé, a explicité comment interviennent des désordres, plus ou moins graves pour la santé des individus âgés, du fait de la décroissance du nombre de leurs neurones. La possibilité de création de nouveaux neurones, démontré pour les souris, ne semble pas confirmée pour les Homo Sapiens.

 

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Figure 3. A l’invitation du pape François, le 6 mars 2023, Cato T. Laurencin a donné au Vatican une conférence sur l’ingénierie régénérative (Crédit : U. Connecticut).

Cato T. LAURENCIN (Figure 2), ingénieur et médecin, est professeur de chirurgie orthopédique à l'Université du Connecticut (Etats-Unis). Considéré comme le fondateur de l'ingénierie régénérative, il dirige également un institut éponyme. Il a développé des biomatériaux permettant la régénération des cellules des os et des muscles, notamment à partir de cellules souches artificielles. Avec enthousiasme, il a raconté sa rencontre avec le pape François, à l’invitation de ce dernier, le 6 mars 2023 (Figure 3). Il a reçu la médaille Blaise Pascal de la division des sciences de matériaux.

Edith HEARD (Figure 2), créatrice de l’Institut Francis Crick (Royaume Uni), est une spécialiste renommée en génétique et épigénétique (étude des mécanismes qui régulent l'expression des gènes sans modifier la séquence d'ADN). Elle dirige, depuis 2019, l’European Molecular Biology Laboratory de Heidelberg (Allemagne). La médaille d’or du CNRS lui a été attribuée en 2024. Dans le grand amphithéâtre du CERN, où fut annoncé en 2012 la découverte du boson de Higgs (voir ci-dessous), elle explique notamment l'inactivation du chromosome X par un mécanisme épigénétique modifiant l'expression des gènes. Elle souligne que, jusqu’à présent, la science biomédicale a toujours fait preuve d'un parti pris et d'une cécité historiques envers le sexe et le genre, et elle donne de nombreux exemples de biais ainsi introduits. Les facteurs environnementaux et des différences dans le style de vie sont également d’importance cruciale, et sont à prendre en considération pour traiter correctement les maladies. La médaille Blaise Pascal de la division de la médecine et des sciences de la vie lui a été attribuée.

Gustau CAMPS-VALLS (Figure 2) est un physicien, professeur en génie électrique à l’Université de Valencia (Espagne). Dans l’auditorium du CERN, il s’est livré à un véritable festival de l’usage du machine learning et de l’intelligence artificielle (IA) pour l'observation de la Terre et le traitement des données géoscientifiques. Ceci lui a notamment permis d’améliorer la modélisation et la compréhension de phénomènes météorologiques et climatiques extrêmes. Il a reçu la médaille Blaise Pascal de la division des sciences de la Terre et de l’environnement.

Des rencontres captivantes

Pendant les moments de détente, ce congrès fut aussi une opportunité pour des rencontres captivantes avec des scientifiques de divers pays.

Parmi celles-ci je voudrais mentionner un échange avec un chercheur d’UCLA (Université of California at Los Angeles), dont je tairai le nom pour des raisons évidentes. La Californie, 4ème puissance économique mondiale si l’on se réfère au PIB, est en pleine turbulence. Elle connaît depuis plusieurs années de gigantesques incendies de forêts, aux dramatiques conséquences. La voix de mon interlocuteur tremble d’angoisse quand il décrit la vitesse à laquelle progresse l’immense mur de flammes qui s’est approché de son habitation. Elle s’affermit quand il détaille les attaques que l’administration Trump fait subir aux universités, notamment celle de Californie. Les conséquences sont déjà visibles quant au recrutement des étudiants étrangers, notamment pour ceux originaires de Chine, de l’Inde ou de pays africains. Les jeunes étrangers désertent désormais des Etats-Unis pour se tourner vers les offres des universités canadiennes ou européennes. Pour lui, les impacts de la politique de Trump sur le système universitaire étatsunien seront sensibles bien au-delà du court terme, même si le courant MAGA perdait les élections en 2028.

J’ai également revu avec plaisir Claude Debru, philosophe, mais aussi spécialiste de l’Histoire des sciences, président de l’EurASc de 2015 à 2017.

Il rapporte avec beaucoup de chaleur son expérience du congrès EurASc que j’avais organisé à Brest à l’automne 2015.

(https://www.eurasc.eu/symposium-2015-climate-change/), au cours duquel il a remis la médaille da Vinci au climatologue Jean Jouzel, et rencontré, lors d’une réception au Château de Brest, le vice-amiral Emmanuel de Olivera, préfet maritime de l’Atlantique. L’échange qu’il eut avec le Premar, de nature géopolitique, fut pour lui exceptionnelle. Il en parle avec les yeux brillants d’émotion et des trémolos dans la voix.

A cette occasion une convention de coopération avait été signée entre l’Académie européenne des sciences (EurASc) et l’Université de Bretagne Occidentale (UBO).

Une visite au CERN

L’Organisation européenne pour la recherche nucléaire, aussi appelée

« laboratoire européen pour la physique des particules » et couramment désignée sous l'acronyme CERN[2] (du nom du Conseil européen pour la recherche nucléaire, organe provisoire institué en 1952), est le plus grand centre de recherche en physique des particules du monde. Il se situe de part et d’autre de la frontière franco-suisse (Figure 4). Les anneaux des accélérateurs s'étendent sous les communes françaises de Saint-Genis-Pouilly et Ferney-Voltaire.

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Figure 4. Implantation, pour une large part souterraine du CERN, en Suisse et en France (Crédit : Wikipedia).

En 1957, a été mis en service le synchrocyclotron (SC) (Figure 5) dont l’énergie pouvait atteindre 600 MeV. Il a fourni des faisceaux aux premières expériences du Laboratoire en physique des particules et en physique nucléaire. Face à cet équipement, aux côtés de notre guide, je me retrouve dans l’atmosphère que j’ai connu à Electricité de France quand, aux Renardières, près de Fontainebleau, je travaillais au centre de recherche chargé de produire de l’énergie électrique par magnétohydrodynamique : des électroaimants de grande dimension, de superbes objets en acier inox, une ambiance d’ingénieurs passionnés par leur métier et par la recherche scientifique.

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Figure 5: Au site ATLAS du CERN, de la construction du synchocyclotron (ci-dessous) à celle du LHC (ci-dessus) (Crédit : Paul Tréguer).

Le Large Hadron Collider (LHC), accélérateur de particules, des hadrons, est devenu l’équipement majeur du CERN (Figure 5). Bâti à 80 m de profondeur, cet équipement présente une circonférence de 27 km. Il utilise des supraconducteurs. Dans le LHC, des protons sont accélérés jusqu'à une énergie de 7 TeV (tera (= 1012) électron volt), soit près de 7 500 fois leur énergie de masse. L'énergie totale de deux protons incidents est de 14 TeV. Mis en fonction en 2008, il a confirmé en 2012, l'existence du boson[3] prévue par Peter Higgs. Les physiciens du CERN nous ont rappelé que nous sommes constitués de particules, et qu’il en va de même pour tout ce qui nous entoure. Au commencement de l’Univers, les particules, sans masse, se déplaçaient à la vitesse de la lumière. Si les étoiles, les planètes et la vie ont pu émerger, c’est parce que les particules ont acquis une masse grâce au champ de Higgs. L’existence de ce champ a été confirmée en 2012, par la découverte au CERN du boson de Higgs[4] qui lui est associé, et ceci grâce à deux expériences mobilisant près de 3 000 chercheurs d’une centaine de pays, et un équipement (manège à particules) de 4,3 milliards d’euros.

Un moment intense de ma vie, en plein cœur des progrès de la science, au service de l’humanité…

 

[1] https://anr.fr/fr/mon-anr/camille-parmesan-monanr/

[2] wikipedia.org/wiki/Organisation_européenne_pour_la_recherche_nucléaire

[3] En mécanique quantique, un boson est une particule subatomique de spin entier qui obéit à la statistique de Bose-Einstein. Le théorème spin-statistique différencie les bosons des fermions, qui ont un spin demi-entier.

[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Peter_Higgs

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Figure 9. 13 février 2026 : au cap Crozier (île Ross), une des plus grandes colonies de manchots Adélie : 150 000 couples reproducteurs (crédit : Jean-Louis Etienne).

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