Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

De gauche à droite : évolution des émissions totales de gaz carbonique (en milliards de tonnes de carbone) au cours du dernier demi-siècle des principaux émetteurs de gaz à effet de serre : la Chine, les Etats-Unis, l’Union Européenne et l’Inde dans le dernier quart de siècle (1).

Lecture : en 2019  les 6 principaux émetteurs de CO2 dans l’atmosphère sont la Chine, les Etats-Unis, l’Union Européenne, l’Inde, la Russie et le Japon. Dans la dernière décennie les émissions des Etats-Unis et de l’Union Européenne ont tendance à décroitre. Le rythme d’augmentation de celles de la Chine, spectaculaire au début du 21ème siècle, a fortement diminué.

15 novembre 2020

Neutralité

Est-ce parce que la récente défaite de Donald Trump à sa réélection à la présidence des Etats-Unis d’Amérique donne quelque souffle supplémentaire aux « forces de l’espoir » ? En tous cas, une fois n’est pas coutume, dans un « Air du temps », parlons un peu climat, gaz carbonique, perturbations dues à l’homme, et urgence à agir.

Dialogue Chine - Europe

En préliminaire à la décennie de l’océan décrétée par l’Organisation des Nations Unies, le mois dernier s’est tenu, à Shanghai et on-line, un forum sur les progrès des sciences et technologies de l’océan (2). On sait que l’océan joue un rôle majeur dans la régulation du climat à l’échelle planétaire. Il a absorbé plus de 90% de l’excès d’effet de serre engendré par les activités humaines depuis le début de l’ère industrielle. Il a également absorbé plus du quart des rejets atmosphériques de CO2 dues aux activités humaines. Autrement dit, si l’océan n’existait pas, la planète Terre se réchaufferait beaucoup plus vite.

Lors de ce forum Chine – Europe, il a été beaucoup question de l’absolue nécessité de respecter les accords de Paris en matière de rejets de CO2 dans l’atmosphère par les différentes nations qui l’ont signé, sous peine d’emballement de la machine thermique Terre-Océan. On connait les enjeux : trop de CO2 et de gaz à effet de serre provoque non seulement un réchauffement généralisé mais aussi l’augmentation de la fréquence voire de l’intensité des événements extrêmes (tempêtes, inondations, …).

La planète Terre avec une température moyenne de 18°C (elle était de 15°C avant les impacts dus à l’homme) ne ressemblera décidément pas à celle de nos grands-parents. Certes l’une des raisons de l’augmentation massive des émissions de CO2 est due à l’expansion démographique : quand je suis né, en 1942, la Terre était peuplée d’un peu plus de 2 milliards d’habitants, elle en accueille actuellement presque 8 milliards. Mais la mise en œuvre d’un mode de vie non soutenable avec une consommation sans frein des ressources énergétiques non renouvelables est évidemment en cause.

Le niveau total d’émissions de gaz à effet de serre était d’environ 54 milliards de tonnes de carbone en 2019. Le schéma ci-dessus pourrait laisser à penser que la tendance des rejets de CO2 dans l’atmosphère n’est pas si mauvaise avec une stabilisation pour la Chine et une décroissance pour les Etats-Unis et l’Union Européenne. Mais…

Objectif neutralité carbone

Mais si l’on veut atteindre la neutralité carbone (état d’équilibre à atteindre entre les émissions de gaz à effet de serre d’origine humaine et leurs retraits de l’atmosphère par l’homme selon différents mécanismes) en 2050 (augmentation de la température de 1,5°C) et en 2075 (augmentation de 2°C) il faudra retirer de l’atmosphère 25 à 30 milliards de tonnes de carbone pour une augmentation de température moyenne limitée à 1,5°C en 2030 et 40 milliards de tonnes de carbone pour une augmentation de température moyenne limitée à 2°C en 2075.

Que veut dire retirer du CO2 de l’atmosphère ? La première bonne façon de le faire est de ne plus en émettre au niveau individuel (isolation thermique, moyens de transport, etc…) et au niveau collectif (process industriels économes en énergie, moyens de transports non émetteurs de CO2, agriculture non émettrice de gaz à effet de serre, expansion des énergies renouvelables (3), etc…). Mais il est de plus en plus clair que ceci ne suffira pas et qu’il nous faut envisager des techniques de géo-ingénierie (par exemple récupération du CO2 émis par les centrales thermiques classiques,

cf. expériences en cours au Texas et à Shanghai) pour y parvenir. Ce n’est pas ici le lieu de détailler tous ces points. Mais si vous le souhaitez nous pourrons y revenir.

Pour parvenir à la neutralité carbone la responsabilité des 6 principaux émetteurs de gaz à effet de serre est clairement engagée. Le problème est que si l’Union Européenne envisage la neutralité carbone en 2050, la Chine ne la vise qu’en 2060, et que ni l’Inde, ni la Russie, ni le Japon n’ont pris aucun engagement. Les Etats-Unis de Biden (« Make the USA united again ») devraient bientôt préciser ses ambitions…

Il est urgent d’agir décidément, à la fois au niveau individuel et collectif.

Je soutiens en particulier l’initiative de Pierre Laurouturou, rapporteur général du budget européen : https://www.youtube.com/watch?v=jLlgvtyGURk&feature=youtu.b

  1. Pierre Friedlingstein et al. Global Carbon Budget, Earth System Scientific Data, 2019

  2. https://www.eurasc.org/post/cas-eurasc-frontier-forum-progress-ocean-science-technology-october-2020 ; https://www.eurasc.org/post/cas-eurasc-frontier-forum-progress-ocean-science-technology-october-2020

  3. Air du temps du 15 septembre 2020