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Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

1er  janvier 2026

Les pôles au cœur du climat

Résumé :

La montée du niveau de la mer est désormais un fait d’observation courante. Dans le contexte du changement climatique, elle résulte essentiellement de la dilatation de l’eau de mer, de la fonte des glaciers et de l’ablation des calottes polaires. Cette dernière est-elle en train de s’accélérer au Groenland et en Antarctique ?

La COP 30 vient de se tenir à Belem (Brésil). La démarche du GIEC, jusqu’à présent consensuelle, est désormais confrontée aux actions des dénialistes antiscience qui veulent saper son influence. Sont proactifs l’administration Trump et les lobbies économiques, avec l’OPEP et le lobby gazier en pole position. Les représentants des peuples autochtones ont manifesté pour appeler à la sortie des énergies fossiles et stopper la déforestation. Ils n’ont pas réussi. La déclaration de Belem est nettement en recul par rapport à celle Dubaï. Mais le combat continue.

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Figure 1 : Immense iceberg tabulaire vêlé par la calotte glaciaire antarctique en mer de Weddell-Scotia (crédit : Paul Tréguer)

Maintien de discussions multilatérales mais recul global, donc. Pourtant, les impacts du changement climatique se manifestent déjà de façon spectaculaire à l’échelle planétaire, avec des désastres humains et économiques à la clef. 

La montée du niveau de la mer fait partie des impacts subtils qui semblent être encore ignorés par nombre de décideurs. Pourtant, elle a déjà et elle aura des conséquences majeures sur de nombreuses populations, au cours de ce siècle et dans ceux qui suivront.

Le GIEC prévoit qu’elle sera proche d’un mètre en 2 100 si les émissions de gaz à effet de serre se poursuivent au rythme actuel. Elle pourrait aller bien au-delà si la fusion des calottes polaires s’amplifiait (Figure 2). Mais les prévisions de l’évolution de la cryosphère arctique et antarctique sont-elles vraisemblables ? Sur quelles données reposent-elles ?

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Figure 2. Reconstitution historique depuis 1800 et prévision du niveau de la mer jusqu’en 2100, publiée en 2017 par l’U.S. Global Change Research Program pour the Fourth National Climate Assessment. RCP2.6 est le scénario du GIEC dans lequel les émissions atteignent leur maximum avant 2020, RCP4.5 est celui dans lequel le maximum est atteint en 2040, et RCP8.5 est celui dans lequel elles continuent d’augmenter comme actuellement (crédit : Wikipedia référence 2, Efbrazil — File:Sea_level_history_and_projections.svg

Le Groenland perd de la masse depuis le début du 20ème siècle.

La calotte glaciaire du Groenland a tendance à perdre de la masse depuis le début du 20ème siècle(1). Cette évolution s’accélère depuis les années 1990(2). Elle a perdu près de 3 800 milliards de tonnes de glace depuis 1992. Cette perte s’amplifie : elle est passée de 330 milliards de tonnes pour la décennie 1990 à

2 540 milliards de tonnes au cours de la dernière décennie, soit sept fois plus en trois décennies. La perte subie depuis les années 90 alimente une montée du niveau moyen de la mer d'environ 10 mm(3).

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Figure 3. La calotte glaciaire du Groenland : en équilibre à l’ère préindustrielle, perd de la masse depuis le début du 20ème siècle (Kenneth Mankoff et al. (4) ) :  détail des vitesses d’écoulement de la glace (en mètre par an) selon Tom Slater (5)

(crédit : Slater, références 3 et 4).

Qu’en est-il de l’Antarctide ?

La calotte glaciaire du continent antarctique (Figure 3) occupe un volume de 26,6 millions de kilomètres cubes, soit environ 9 fois celle du Groenland. Si elle fondait totalement, le niveau de la mer monterait de 58 mètres, bien plus donc que pour le Groenland dont la fusion totale correspondrait à une élévation du niveau des mers de 7 mètres environ. 

Combien de bassins glaciaires seraient affectés ?

La calotte de l’Antarctide se divise en plusieurs bassins dont le devenir est l’objet de la récente publication de Clara Burgard du LOCEAN (Sorbonne Université) et de ses collaborateurs dans Nature. Ces chercheurs font le point sur les prévisions de fusion des glaciers antarctiques, au cours de ce siècle et des siècles suivants(6), en fonction de différents scénarios climatiques. 

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Figure 4. La calotte glaciaire de l’Antarctide. Elle comprend 64 bassins glaciaires différents (référence 5). (Crédit : British Antarctic Survey).

L’ablation des glaciers est particulièrement active au niveau des plateformes glaciaires (ice shelves) qui, prolongeant les calottes glaciaires continentales (inlandsis), flottent sur l’océan avant de générer de gigantesques icebergs (Figures 1 et 5). 

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Figure 5. Icebergs vêlés par la plateforme glaciaire en mer de Weddell-Scotia, Antarctique : de véritables murs de glace (crédit : Paul Tréguer)

Au contact des remontées d’eau de mer profonde, dite «chaude » selon nos amis anglais qui ont le sens de l’humour, car elle est à +0,6°C, les plateformes glaciaires fondent. Sous l’effet du réchauffement en cours de l’atmosphère et de l’océan antarctique, leur ablation (Figure 5) s’accélère et elles sont déstabilisées. 

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Figure 6. Ablation de la plateforme glaciaire antarctique flottante à partir de l’océan (crédit : d’après Clara Burgard 2025, Nature (7)).

Si le réchauffement global est limité à 2°C au maximum une seule des 64 plateformes  générées par les calottes glaciaires antarctiques (Figure 6) pourrait être déstabilisée avant 2300. 

Dans un scénario où le réchauffement climatique atteindrait près de 12 °C d'ici 2 300, de nombreuses plateformes glaciaires deviendraient non viables dès que le réchauffement climatique dépasserait 4,5 °C, une perte principalement due à une augmentation de la fonte induite par l'océan. D'ici 2150 et 2300, 26 et 38 plateformes glaciaires, respectivement, deviendront probablement non viables (Figure 6). La perte des calottes retenues par ces 38 plateformes glaciaires représente un potentiel d'élévation du niveau de la mer de 10 m (référence 6).

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Figure 7. Nombre de plateformes antarctiques déstabilisées en fonction du temps dans le cas d’un scénario a-à faible émission de CO2 (<2°C by 2300), et b- à forte émission de CO2 (crédit : Clara Burgard et 2025 in Nature, référence 7). 

L’étude de Clara Burgard et de ses collaborateurs confirme qu’avec la déstabilisation des plateformes antarctiques, l’élévation du niveau moyen de la mer pourrait être plus rapide que les estimations conservatives du GIEC (Figure 2). 

Les conséquences prévisibles les plus importantes sont : le recul du trait de côte, la disparition de territoires insulaires de faible altitude, l'intrusion d'eau salée dans les aquifères d'eau douce proches des côtes, la destruction d'écosystèmes côtiers et la perte de patrimoines culturels et historiques. Ces conséquences peuvent être modifiées localement par la subsidence des sols (8).

En fait, les impacts de la fusion des calottes polaires sont complexes…

Mais, l’impact de la fusion, même partielle, des calottes polaires n’est pas simple comme le révèle en particulier l’étude publiée dans Nature communications par Shaina Shadai de l’Université de Rhode Island et ses collaborateurs en septembre 2025. Voir également l’article de The Conversation où elle s’exprime avec Ambarish Karmalkar, de la même université (10).

Cette étude rappelle que la fusion de la calotte glaciaire antarctique produirait une élévation de la masse continentale de l’Antarctide sur laquelle la pression des masses glaciaires diminuerait, provoquant à terme un rebond isostatique, tout à fait analogue à celui de la Scandinavie après la fonte de la calotte glaciaire nordique depuis la fin du dernier maximum glaciaire. Un tel rebond pourrait ralentir le rythme de la fusion des glaces en éloignant certaines parties de la calotte glaciaire des eaux océaniques réchauffées. 

En couplant  un modèle dynamique de la calotte glaciaire antarctique et un modèle climatique global, pour simuler les interactions entre la calotte glaciaire et le climat, les auteurs montrent que les projections relatives au niveau de la mer et au climat sont considérablement modifiées par rapport aux simulations sans couplage (qui  ne tiennent pas compte de l'eau de fonte antarctique), et ceci dans le cas des scénarios RCP4.5 (modéré) et RCP8.5 (extrême) du GIEC(11)

Selon les auteurs, la fonte des glaces antarctiques entraînerait une augmentation des températures de l'air en surface pouvant atteindre 1,5 °C dans certaines régions de l'hémisphère nord, tout en atténuant globalement la hausse des températures dans l'hémisphère sud. En raison des changements de rétroaction radiative, les deux scénarios d'émissions présenteraient un réchauffement moyen mondial de la température à la surface inférieur d'environ 0,3 °C dans le scénario couplé par rapport au scénario de contrôle d'ici 2100, avec une anomalie maximale d'environ 1 °C en 2200 dans le scénario RCP8.5. 

Selon cette étude, cela ralentirait la contribution de l'Antarctique à l'élévation moyenne mondiale du niveau de la mer. Dans le cas d’un scénario climatique modéré la contribution totale de l’Antarctique à l’élévation du niveau moyen de la mer serait seulement d’environ de 10 cm en 2100 et de plus d’un mètre en 2200. Mais, dans le cas d’un scénario climatique extrême, la contribution totale de l'Antarctique à l’élévation du niveau de la mer serait de 30 cm en 2100 et plus de 3m en 2200.

Le prochain rapport du GIEC devra donc tenir compte de ces nouvelles données pour prévoir de façon plus réaliste l’élévation du niveau de la mer au cours de ce siècle et du siècle suivant.

Quoi qu’il en soit l’évolution des cryosphères arctique et antarctique est un élément clef du changement climatique et de ses impacts à moyen et long terme. Ce sera certainement l’un des thèmes majeurs de la 5e Année Polaire Internationale qui se tiendra en 2032-2033. 

S’agissant des régions polaires, je ne peux conclure cet « Air du temps » sans rappeler ce que nous, Homos sapiens, sans cesse en guerre contre nous-mêmes, avons été capables de faire en 1959, en pleine « Guerre froide ». Nous avons signé le traité de l’Antarctique(12) (13)  qui a donné un statut unique à ce continent. Dans l'intérêt de toute l'humanité, il garantit que l'Antarctique soit employé exclusivement à des fins pacifiques et ne devienne ni le théâtre ni l'enjeu de différends internationaux. Une solide référence pour les initiatives à prendre par les générations futures…

1.  https://www.antarcticglaciers.org/wp-content/plugins/antarcticglaciers-pdf/download.php?p=12584

2. https://www.insu.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/la-masse-de-glace-du-groenland-fond-beaucoup-plus-vite-que-prevu

3. https://www.antarcticglaciers.org/glaciers-and-climate/changing-greenland-ice-sheet/greenland-ice-sheet-mass-balance/

4. https://essd.copernicus.org/articles/13/5001/2021/

5. https://www.antarcticglaciers.org/wp-content/plugins/antarcticglaciers-pdf/download.php?p=12584

6.  Burgard, C., Jourdain, N.C., Mosbeux, C. et al. Ocean warming threatens the viability of 60% of Antarctic ice shelves. Nature 647, 102–108 (2025). https://doi.org/10.1038/s41586-025-09657-w

7.  Clara Burgard et al. Ocean warming threatens the viability of 60% of Antarctic ice shelves. Nature, 647, 6 November 2025. 

8. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89l%C3%A9vation_du_niveau_de_la_mer

9.  Sadai, S., Karmalkar, A.V., Pollard, D. et al. Antarctic meltwater alters future projections of climate and sea level. Nat Commun 16, 9271 (2025). https://doi.org/10.1038/s41467-025-64438-3

10. https://theconversation.com/face-a-la-fonte-des-glaces-de-lantarctique-le-niveau-de-la-mer-naugmente-pas-au-meme-rythme-partout-270991

11. Scénarios du RCP 4.5 ou RCP 8.5 GIEC : perturbation modéré ou intense du climat. Voir https://www.drias-climat.fr/accompagnement/sections/175

12. https://www.ats.aq/f/antarctictreaty.html

13. https://theconversation.com/traite-sur-lantarctique-les-60-ans-dun-accord-international-pas-comme-les-autres-127266

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