Air du temps
REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE
1er juin 2026
L’esprit de l’Arcouest
On ne peut pas arrêter la science,
sinon on arrête la vie.
Paul LANGEVIN
Résumé :
Les sciences aujourd’hui sont questionnées par l’évolution d’un monde traversé par des crises majeures. Avec les différents choix possibles pour répondre à trois enjeux importants de l’océan au vingt et unième siècle, je revisite ici les questions auxquelles des scientifiques éminents de la Sorbonne, qui se réunissaient à la pointe de l’Arcouest au début du vingtième siècle, ont été confrontés et les réponses qu’ils leur ont apportées.

Figure 1 : Depuis les années 70, nous surexploitons les capacités naturelles de la Terre. En 2025, le jour du dépassement de ces capacités a été atteint le 24 juillet (Crédit : Global Footprint Network)
Les sciences sont questionnées par les enjeux majeurs du 21ème siècle et de l’Anthropocène. Dans un monde qui épuise ses capacités naturelles renouvelables de plus en plus rapidement (Figure 1), les sciences sont-elles neutres vis-à-vis du capitalisme financier qui impose ses lois et génère des inégalités de plus en plus criantes au niveau mondial? Sont-elles responsables d’une sixième extension en marche? Sont-elles à l’origine de la manipulation des consciences à travers l’usage massif et incontrôlé de l’intelligence artificielle ? Peuvent-elles être absentes des débats d’une société qui se replie actuellement sur des réflexes communautaristes et d’exclusion des différences ?
Les questions de fond sur les relations sciences – société ne manquent pas, supportant les réflexions de diverses écoles de pensée, notamment alimentées par Yuval Noah Harari[1] [2] [3] (les impacts d’Homo sapiens sur les autres organismes vivants et les menaces que font peser l’IA sur l’humanité), Dipesh Chakrabarty[4] (la critique de l’eurocentrisme de la plupart des concepts et sur la nécessaire évolution de l’Homo Sapiens en Homo prudens), Catherine et Raphael Larrère[5] (la nature vue comme un ensemble de relations dans lesquels les hommes sont inclus), Bruno Latour[6] (la place centrale à donner à la question du climat et à sa dénégation), Nicolas Chevassus-au-Louis[7], Mathieu Burniat et Dominique Mermoux[8] (la notion provocatrice de « décroiscience »), Virginie Marris[9] (la nature désigne ce qui s’engendre : les milieux, les écosystèmes et les vies animales qui échappent encore à l’humain), Paul Guillibert[10] (la critique marxiste de l’exploitation est étendue aux animaux, aux plantes et aux écosystèmes), etc.
Le questionnement des sciences est-il spécifique du vingt-et-unième siècle ? Ou est-il typique des périodes où le monde en expansion est ébranlé par les crises du capitalisme et/ou celles de nos « consciences » ?
Sans vouloir comparer ce qui n’est pas comparable, il m’a semblé utile de revenir sur les questions sociétales et éthiques qui ont traversé les vies de scientifiques éminents depuis le début du vingtième siècle, telles que rapportées par Florence Riou, réalisatrice d’un passionnant film documentaire intitulé « L’esprit de l’Arcouest »[11]. Dans ce documentaire s’exprime en particulier Hélène Langevin-Joliot (petite-fille de Pierre et de Marie Skłodowska-Curie), physicienne, ancienne directrice de recherche au CNRS. On le sait, le vingtième siècle se caractérise à la fois par un développement extraordinaire des sciences et techniques, mais aussi par des événements tragiques, particulièrement meurtriers. Tout au long de ce documentaire on trouve en filigrane la question : les sciences sont-elles responsables des désastres sociétaux ou éthiques ou, au contraire, nous ouvrent-elles une incomparable voie pour libérer l’esprit humain et trouver des solutions pour une évolution positive de l’humanité ?
« Sorbonne-plage »


Figure 2. En Bretagne, la pointe de l’Arcouest face à l’archipel de Bréhat (crédit : Google Earth) ; A la pointe de l’Arcouest, une stèle a été érigée par leurs amis de Sorbonne-plage et par la commune de Ploubazlanec, en hommage à Irène et Frédéric Joliot-Curie qui «ont consacré leurs vies à la science et à la paix » (Crédit : Paul Tréguer)
En Bretagne, face à l'archipel de Bréhat, à la pointe de l'Arcouest (Figure 2), depuis le début du vingtième siècle, un groupe de professeurs de la Sorbonne dénommé « Sorbonne-plage »[12], a pris l’habitude de se retrouver chaque été. Ce groupe est un véritable concentré de matière grise, où se côtoient scientifiques, littéraires et artistes qui partagent une conception de la culture intégrant tout naturellement la science. Parmi eux : Louis Lapicque (médecin), Charles Seignobos (historien), Jean Perrin (physicien et chimiste), Marie Skłodowska-Curie (physicienne et chimiste), Emile Borel (mathématicien), Irène Joliot-Curie (chimiste), Frédéric Joliot-Curie (physicien et chimiste), Paul Langevin (physicien), et leurs familles. Des valeurs communes les relient : la curiosité scientifique, l’esprit critique, et la volonté de partager leurs connaissances avec le grand public. Ce sont des intellectuels qui ont une haute idée des droits de l’homme, de la liberté, et du rôle à jouer de la science dans la société. « Un intellectuel trahit sa mission s’il n’est pas le plus constant défenseur de la civilisation et de la liberté de pensée » dit Marie Skłodowska-Curie[13] (Figure 3).
Ces scientifiques vont se trouver confrontés à trois questions majeures.
Tout d’abord, l’affaire Dreyfus (1894-1906), témoin flagrant de la mentalité antijuive qui régnait en France et en Europe dans de nombreuses couches de la société. Une affaire d'État devenue un conflit politique majeur de la Troisième République, survenu autour de l'accusation de trahison faite au capitaine Alfred Dreyfus, juif d'origine alsacienne, finalement innocenté. Les gens de Sorbonne-plage se positionnent comme citoyens « éclairés par l’esprit scientifique », c’est-à-dire par « la faculté, dans toutes les branches de notre connaissance et de notre vie, de se faire soi-même une opinion[14] ». Ils sont résolument « dreyfusards », en accord avec Paul Painlevé (mathématicien) qui déclare le 13 janvier 1905 : « la grande leçon que nous a donné l’affaire Dreyfus, c’est qu’elle nous a appris à écouter l’appel de nos consciences. Toutes les iniquités nous étaient insupportables ». On fera aisément le parallèle aujourd’hui avec les événements que subissent les peuples du Moyen-Orient et qui insupportent nos consciences de femmes et d’hommes du vingt et unième siècle, que nous soyons scientifiques, ou non.

Figure 3. Marie Skłodowska-Curie (1867-1934), prix Nobel de physique (1903) et de chimie (1911); Jean Perrin (1870-1942), prix Nobel de physique (1926) puis homme politique français (Crédit : Isabelle Tréguer IA)
Ensuite, la montée, dans les années trente, des idées totalitaires, du fascisme au stalinisme, qui impactent directement la vie de millions de personnes. Elle secoue les consciences des gens de l’Arcouest. Dans le documentaire, Bernadette Bensaude-Vincent et Andrée Bergeron, historiennes des sciences, spécialistes de la période, commentent longuement les enjeux sociétaux et scientifiques de cette époque. Florence Riou reconstitue ici bellement une page d'histoire qui interroge directement notre présent rapport à la connaissance, la place que nous donnons à la science dans la société, et son rôle pour ou contre la paix dans le monde, qu’elles que soient nos idéologies.
Enfin, avant et après la deuxième guerre mondiale cette génération de scientifiques est confrontée à l’utilisation des réactions nucléaires pour la création d’armes de destructions massives. Plusieurs spécialistes de l’atome s’engagent résolument dans les mouvements internationaux de la paix. Le 19 mars 1950, Frédéric Joliot-Curie est le premier signataire de l’Appel de Stockholm pour l’interdiction de l’arme atomique. Conséquemment, il est révoqué de ses fonctions au Haut-Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). Divisés au gré de leurs convictions politiques, les amis de Sorbonne-plage se retrouvent auprès de Bertrand Russel et débattent avec Albert Einstein. Ce dernier pose très directement « le problème …brutal, redoutable et inéluctable : devons-nous mettre fin à la race humaine, ou l’humanité doit - elle renoncer à la guerre ? ». Une question cruciale qui est décidément au cœur de l’actualité du vingt et unième siècle.
Dans cet ensemble de chercheurs, Jean Perrin (Figure 3) est un personnage original. En 1939, il pose les bases de ce qui deviendra le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS). Il mouille sa chemise auprès des banques et des ministères afin de trouver de l’argent pour financer la recherche. Il obtient notamment le support de la banque Rockefeller des Etats-Unis pour financer l’Institut du radium et l’Institut de biologie physico-chimique de Paris. Il fait partie des scientifiques (dont Marie Skłodowska-Curie) qui n’hésitent pas à rechercher l’argent du privé pour financer la recherche scientifique. C’est un des points forts des débats d’aujourd’hui sur le financement de la recherche à des fins publiques ou industrielles et qui divisent pragmatiques et idéologues.
Toutes et tous se retrouvent sur la nécessité de « défendre et répandre dans le grand public l‘esprit et les méthodes de la science pour lutter contre l’irrationalisme, et plus encore, l’ignorance », objectif affirmé dans le premier numéro des Cahiers rationalistes publié en janvier 1931. Une exigence particulièrement cruciale dans notre vingt et unième siècle qui, de plus en plus, cultive à travers les réseaux sociaux le déni de science et « les faits alternatifs[15] ».
Comme du temps des gens de l’Arcouest, les sciences aujourd’hui sont incontestablement traversées par des questions sociétales voire « éthiques ». Je prends ici la notion d’éthique au sens d’une réflexion fondamentale sur laquelle la morale établit ses normes, ses limites et ses devoirs. Sous cet angle, sont passés en revue de possibles positionnements par rapport à trois des défis majeurs de l’océan du vingt et unième siècle relatifs aux ressources biologiques marines, aux ressources minières profondes, à la manipulation de l’océan pour atténuer le changement climatique.
Sciences et éthique : trois enjeux pour le 21ème siècle
1.
Pêches : devons-nous continuer à exploiter les ressources biologiques marines ?

Figure 4. De 1950 à 2000, les pêcheries visant les espèces du fond des océans et de pleine eau ont couvert les plateaux continentaux jusqu’à 200 m, puis sont descendues sous 1000 m, pendant que les pêcheries de thon océanique et des espèces proches se sont étendues à l’ensemble de l’océan au début des années 1980s. Dans les eaux peu profondes, le taux d’épuisement des ressources peut atteindre 90 à 100% (Crédit : Pauly et al. in Science 2003)
Contrairement aux prévisions de Thomas Huxley[16] qui, en 1884, n’hésitait pas à affirmer que « probablement, toutes les grandes pêcheries sont inépuisables »[17], grâce au développement extraordinaire des sciences et technologies marines au cours du vingtième siècle (moyens d’observation satellitaires, détections par radar et acoustique, moyens d’observation in situ) nous sommes devenus capables de capturer l’ensemble des ressources halieutiques et de les surexploiter (Figure 4). Certes, les efforts de régulation, notamment portés par l’Union Européenne ou des instances internationales (dont la FAO[18]) ont porté leurs fruits, au moins partiellement, mais la situation au niveau mondial n’en reste pas moins critique, affectant sévèrement la biodiversité marine[19].
Devons-nous continuer à exploiter les ressources biologiques des océans ou, au contraire, devons-nous changer de cap et s’orienter vers une appro-che écosystémique des pêches sensu FAO[20] ou la « pêchécologie »[21] ?
Des solutions existent en effet pour diminuer la pression sur les ressources biologiques et la biodiversité marine tout en garantissant un revenu équitable aux professionnels de la mer. Elles passent moins par de nouveaux moyens scientifiques et techniques de capture des espèces que par de nouvelles approches de la nature et du vivant qui réconcilient l’exploitation et la conservation, les hommes et leurs territoires, le local et le global[22].
« Une révolution dans la mer est possible », nous rassure Didier Gascuel[23], pour qu’avec les ressources halieutiques, les écosystèmes et la diversité du vivant, l’aventure marine d’Homo sapiens puisse continuer au-delà du siècle présent. Pour cela il nous faut changer d’imaginaire sur notre façon de concevoir les ressources « naturelles » et intégrer des préoccupations d’éthique dans notre comportement économique, social, et politique. Nous savons comment faire. Faisons-le !
2.
Ressources minières profondes : devons-nous les exploiter ?
La course aux minerais stratégiques est devenue l’un des défis majeurs de la transition énergétique et de la souveraineté économique. En raison d’une part de la croissance démographique, et d’autre part de la forte demande provenant notamment de la Chine et de l’Inde, nous avons un besoin vital de développer une économie circulaire[24] mais sans doute aussi à d’accéder à de nouvelles ressources minières. L’océan peut y contribuer. Pendant les dernières décennies, les instituts de recherche ont établi un inventaire des ressources minérales profondes (nodules polymétalliques, dépôts riches en cobalt, en manganèse, en composés sulfurés, et dépôts de terres rares…) (Figure 5). Pour les besoins économiques et notamment les nouvelles technologies bas carbone, il nous faut trouver de nouvelles ressources en cobalt, nickel, et en terres rares (aéronautique, batterie, aimants permanents…). De nombreux dépôts sous-marins sont accessibles et nous disposons des outils technologiques nécessaires pour les extraire[25]. Nous savons donc le faire. Faut-il le faire ?

Figure 5. Localisation des ressources minérales profondes (Crédit : Ifremer)
Le problème est que l’océan profond n’est nullement abiotique, comme le révèlent de nombreuses recherches scientifiques[26]. S’engager dans l’extraction minière profonde c’est, par la création et la dispersion d’abondantes matières particulaires et la génération d’ondes sonores, perturber à coup sûr la biodiversité du fond des océans. L’autorité internationale des fonds marins a défini un code international pour encadrer cette activité minière profonde[27]. La plupart des zones potentielles d’extraction se trouvent au-delà des zones couvertes par les juridictions nationales. Toutefois, elles sont en principe couvertes par les accords internationaux adoptés sous l’égide de BBNJ (Biodiversity Beyond National Juridiction), entré en vigueur le 17 janvier 2026[28]. La France et une quarantaine d’autres états recommandent un moratoire dans le « deep-sea mining »[29]. Mais comme il n’y a pas de forces de coercition internationale pour appliquer règlements et accords, le rapport de force continue à jouer, particulièrement dans un monde où, sous l’impulsion de l’administration amorale trumpienne, ce sont les prédateurs qui font la loi. Ainsi en mars 2025, la société canadienne « The metals company », l’une des compagnies qui possèdent l’expertise nécessaire pour extraire les ressources minières profondes, est venue se loger aux Etats-Unis afin de se mettre sous son égide.
Clairement sur cet enjeu ce n’est pas la science qui est en cause mais la société. Les considérations « éthiques » semblent avoir peu de poids dans la phase actuelle de l’évolution du monde. Il est temps de redresser la barre.
3.
Atténuation du changement climatique : devons-nous manipuler l’océan ?

Figure 6. Techniques de géo-ingénierie marine: différents procédés pour retirer du gaz carbonique (CO2) de l’atmosphère pour le transférer vers des lieux de stockage durable. Cercles rouges : capture de CO2 rejetés par les activités économiques et enfouissement dans les sédiments marins profonds, fertilisation de l’océan en fer, alcalinisation (Crédit : ONCE et la référence 31)
La création et le développement du GIEC[30] a permis, et à de nombreuses reprises, de révéler l’excellence et l’efficacité des sciences du climat, ainsi que l’aptitude des chercheurs à trouver des solutions qui permettent une évolution positive de notre mode de développement économique et social afin d’évoluer vers une société plus sobre, au bénéfice de l’ensemble de la population mondiale. Cependant, atteindre la neutralité carbone ne sera pas chose facile. Il est possible que subsistent, pendant un certain temps, des activités (sidérurgie, fabrication des ciments, …) qui persistent dans l’usage de combustibles fossiles, continuant à générer des flux de gaz carbonique dans l’atmosphère. D’où l’idée, dans une démarche de géo-ingénierie[31], de capter ce gaz carbonique et de l’éliminer par stockage et/ou de compenser les flux d’émissions en modifiant le fonctionnement de l’océan (Figure 6).
Si nous captons le CO2 émis par les centrales thermiques et certaines activités économiques nous pouvons l’enfouir dans les sédiments marins étanches, et donc diminuer la teneur en CO2 de l’atmosphère. La technique est au point et fonctionne, depuis plusieurs décennies, au large de la Norvège[32]. Il ne faut cependant pas en attendre des miracles. Au niveau mondial, 200 initiatives de captage et de stockage terrestre et marin du gaz carbonique sont recensées (30 en service, 164 en développement). Selon l’Agence Internationale de l’énergie, le total des émissions de CO2 ainsi « éliminé » ne représente que 0,244 milliards de tonnes de CO2 par an. C’est marginal par rapport aux émissions de gaz à effet de serre de la seule Union Européenne qui sont actuellement d’environ 3 milliards de tonnes par an.
Pour atténuer le changement climatique les géoingénieurs envisagent différentes techniques dont l’enrichissement de l’océan en fer dissous dans les zones où il en manque (océan Austral, Pacifique est équatorial, Pacifique nord). Il en résulterait une excitation de la photosynthèse avec pompage de CO2 atmosphérique au-dessus des zones enrichies et, grâce à la chaîne alimentaire, le transfert de carbone dans l’océan profond où il séjournerait pendant des centaines d’années. Nous avons réalisé 13 expériences de ce type de la fin du vingtième siècle au début du vingt et unième[33]. Le problème c’est que l’enrichissement de l’océan en fer profite aux algues planctoniques opportunistes. On modifie donc le réseau trophique, sans en connaître réellement les conséquences. Autant je suis favorable à des expériences scientifiques à petit échelle pour accroître nos connaissances, autant je suis évidemment défavorable à les développer à grande échelle pour ne pas jouer aux apprentis sorciers.
Chez les géoingénieurs l’alcalinisation de l’océan[34] est très en vogue actuellement. On sait que du fait de la combustion des fuels fossiles et de l’activité des cimenteries la teneur en gaz carbonique n’arrête pas d’augmenter dans l’atmosphère. Environ le quart de ce qui est rejeté est absorbé par l’océan. Le gaz carbonique réagit avec l’eau de mer pour faire de l’acide carbonique. Résultat, l’océan « s’acidifie »[35]. Depuis 2023, au large de la Nouvelle-Écosse (Canada), des centaines de tonnes d’hydroxyde de magnésium sont déversées dans l’océan. Cette addition entraîne une alcalinisation de l’océan, c’est-à-dire une réduction de son acidité, ce qui lui permet d’absorber plus de CO2[36]. En général on déverse de l’olivine (un silicate de magnésium et fer), disponible en grande quantité et à moindre coût. Mais il n’est pas pur : il contient des traces d’autres métaux, du cobalt, du nickel, du manganèse qui interagissent avec les écosystèmes. L’opération n’est donc pas sans risque[37] ce qui nous renvoie au cas précédent.
Décidément la meilleure solution pour maîtriser le changement climatique ce n’est pas de manipuler l’océan mais d’adopter un mode de vie plus sobre et d’arrêter d’utiliser les fuels fossiles en priorisant les énergies renouvelables, notamment marines[38].
En résumé, sur ces trois questions clefs pour l’avenir de l’océan et de l’humanité, on voit que le développement des recherches scientifiques nous permet d’anticiper les conséquences des choix sociétaux et donc de consolider l’argumentation d’ordre éthique pour savoir ce qu’il faut faire et ne pas faire.
Nous pouvons donc affirmer que « les sciences et les savoirs sont un bien commun, fragile et précieux. Les crises économiques, sanitaires, climatiques et environnementales que nous traversons les rendent même vitaux »[39].
En logique avec « l’esprit de l’Arcouest », « stand up for science » !
Remerciement :
Un grand merci à Florence Riou, qui a bien voulu commenter mon texte initial sur « L’esprit de l’Arcouest »
[1] Yuval Noah Harari. Sapiens : une brève histoire de l’humanité. Albin Michel (2015)
[2] Yuval Noah Harari. 21 leçons pour le 21ème siècle. Albin Michel (2018)
[3] Yuval Noah Harari. Nexus : une brève histoire des réseaux d’information de l’âge de la pierre à l’IA. Albin Michel (2024)
[4] Dipesh Chakrabarty. Après le changement climatique, penser l’histoire. NRF Gallimard (2023)
[5] Catherine et Raphael Larrère. Penser et agir avec la nature : une enquête philosophique. La Découverte (2015).
[6] Bruno Latour. Où atterrir ? Comment s’orienter en politique. La Découverte (2017)
[7] Nicolas Chevassus-au-Louis. Décroiscience. Agone (2024)
[8] Mathieu Burniat et Dominique Mermioux. Et soudain le futur. Rue de Sèvre (2025)
[9] Virginie Marris. La part sauvage du monde. Seuil (2018)
[10] Paul Gillibert. Exploiter les vivants: une écologie politique du travail. Ed. Amsterdam (2023)
[11] Florence Riou. L’esprit de l’Arcouest. https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/73937_0
[12] » voir l’ouvrage d’Edouard Launay. Sorbonne Plage. Stock (2016).
[13] Citée par Florence Riou.
[14] Gustave Bloch (1905)
[15] « Faits alternatifs » (en anglais : alternative facts) est une expression utilisée en janvier 2017 par Kellyanne Conway, conseillère du président américain Donald Trump, voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Faits_alternatifs
[16] https://fr.wikipedia.org/wiki/Thomas_Henry_Huxley
[17] Cité par Philippe Cury et Yves Misery. Une mer sans poissons. Calmann-Lévy (1984)
[18] FAO = Food and Agricultural Organisation de l’ONU
[19] Air du temps du 3 mars 2025 https://www.reperes-evolutiondumonde.fr/l-europe-des-peches
[20] In Guy Jacques, Paul Tréguer, et Alain Mercier. Océans, évolution des concepts, ISTE (2020)
[21] Didier Gascuel. Pour une révolution dans la mer. Actes Sud (2019)
[22] Référence 21
[23] Référence 21
[24] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_circulaire
[25] In Guy Jacques, Paul Tréguer, Herlé Mercier. Océans, évolution des concepts. ISTE (2021)
[26] Voir référence 25
[27] https://isa.org.jm/the-mining-code/
[28] https://www.un.org/bbnjagreement/fr
[30] https://www.ipcc.ch/languages-2/francais/
[31] Paul Tréguer. L’océan est-il le maître du climat ? Apogée (2024)
[32] Reférence 31
[33] Référence 31 et Guy Jacques et Paul Tréguer. Conquêtes antarctiques. CNRS édition (2020).
[34] reporterre.net/L-ocean-espoir-ultime-d-industriels-fous-pour-absorber-notre-CO2
[35] Paul Tréguer. L’acidification de l’océan, in La science au présent. Encyclopedia universalis (2026).
[36] https://reporterre.net/L-ocean-espoir-ultime-d-industriels-fous-pour-absorber-notre-CO2
[38] Référence 31