MADÈRE

CHRONIQUE MADÉROISE

MARDI 12 JUIN 2018

 

A l’extrémité est de l’île Madère, sous l’éclairage rasant du soleil du soir, j’ai grimpé la colline qui domine la baie d’Abra, au pied de la pointe de Castelo. Le chemin s’accroche à travers des éboulis volcaniques que tente de coloniser une végétation d’herbes et d’épineux rares et secs.

Parvenir à un sommet est toujours une satisfaction, surtout quand il ouvre la vue sur l’infini de l’océan Atlantique. Ici, très au large du Maroc et au nord des Canaries, l’horizon est désespérément désert. Mais avec un peu d’imagination on peut se transporter au temps d’Henri le Navigateur, prince du Portugal, et voir s’approcher, poussées par les alizés, les caraques et caravelles de Zarco, de Teixeira et de Bartholomeu Perestelo qui « découvrirent » l’île aux fleurs, au sillage embaumé. Ils atterrirent à Machico, non loin de mon point d’observation. Christophe Colomb, le prétendu découvreur des Amériques, y épousa la fille de Bartholomeu Perestelo. Est-ce Perestelo qui  communiqua à Colomb, un « portulan » qui dessinait déjà le contour oriental des terres situées très loin dans la direction du soleil couchant ? En tout cas, ceci motiva le célèbre navigateur Génois à lancer, pour le compte des Espagnols, une expédition à la recherche d’une nouvelle voie maritime pour atteindre les « Indes ».

 

Madère a pour moi une résonance toute particulière. Le Fram de Roald Amundsen y fit escale. Et de là, le 9 septembre 1910, l’explorateur polaire Norvégien adressa à Robert Scott, un télégramme devenu fameux : « Madère. Me dirige vers le sud. Amundsen».

Le navigateur moderne qui aborde Madère a quelque difficulté à retrouver l’aspect originel du territoire incorporé au quinzième siècle à la couronne du Portugal. Déforestée, sauf dans les hauts où l’eucalyptus australien domine la végétation originelle de lauriers, l’île est aujourd’hui « fleurie » d’étages de constructions basses aux toits de tuile, mais surtout d’immeubles de plus en plus hauts, au gré du développement du tourisme. Il subsiste toutefois quelques ilots floraux odorants, comme celui de l’hôtel qui nous accueillera deux jours plus tard, au cœur de la vieille ville de Funchal. Et au jardin tropical, véritable coulée de verdure luxuriante, on peut se perdre dans les fougères arborescentes, pour se replonger dans la nature de cette escale atlantique et imaginer sa magnificence avant l’arrivée des colonisateurs.