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Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

1er  mai 2026

Statsraad Lehmkuhl : escale à Brest

Résumé :

Le trois-mâts barque Statsraad Lehmkuhl, ambassadeur de la décennie de l’océan de l’ONU, sur le point d’achever la One ocean expedition, a fait escale à Brest.

J’ai rencontré Lucie Cassarino, coordinatrice scientifique du navire, chercheuse formée à l’IUEM. Elle nous raconte les traits saillants de cette expédition extraordinaire, et nous fait part de son expérience à bord.

27 mars 2026. Le trois-mâts barque Statsraad Lehmkuhl, amarré au cinquième bassin, se prépare à quitter le port de Brest. Une ambiance fébrile d’appareillage qui me ramène au temps de mes campagnes océanographiques. L’équipage est sous pression : il fait la chaîne pour embarquer les vivres avant la prochaine escale de Dublin. Quelques sacs de marin s’entassent encore sur le pont de bois verni. Ils ne vont pas tarder à disparaître dans les cabines où sous les hamacs.

C’est le moment choisi par Lucie Cassarino, l’une des deux coordinatrices scientifiques[1] du navire (Figure 1), chercheuse formée à l’IUEM, pour répondre à mes questions.

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Figure 1 : Lucie Cassarino, coordinatrice scientifique de One Ocean Expedition, à la barre du Statsraad Lehmkuhl (crédit : Paul Tréguer)

Paul Tréguer (PT) :

Quels sont les évènements marquants de One ocean expedition ?

Lucie Cassarino (LC) :

Incontestablement, le premier évènement marquant a lieu le 11 avril 2025, au moment du départ du navire de son port d’attache, Bergen, qui ne le reverra pas avant un an. Départ précédé d’une réception que le prince Haakon de Norvège, fils du roi Harald V et de la reine Sonja, a honoré de sa présence. Et le fort de Bergen de saluer notre départ par une salve d’artillerie, pendant que la foule compacte sur les quais et les marins des autres navires clament des « hourrahs » et nous souhaitent « farewell ! » 

Deuxième évènement marquant, notre impressionnante arrivée dans l’étroit port Lympia de Nice le 3 juin 2025 pour l’Assemblée de l’océan des Nations-Unis dans le cadre de la décennie de l’océan[2], dont nous étions les ambassadeurs.

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Figure 2. One ocean expedition du Statsraad Lehmkuhl du 11 avril 2025 au 18 avril 2026. Escale à Brest du 27 au 30 mars 2026.

Le navire est un trois-mâts barque de 98m (hors tout) de long, muni d’une voilure de 200 m2 et d’un moteur de 200 CV.

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Figure 3. Au cours de sa circumnavigation, le Stratsraad Lehmkuhl a navigué dans les mers arctiques, ici au large de l’Islande (Crédit : Lucie Cassarino)

Il faut toutefois mentionner une déception lors de cette circumnavigation : l’impossibilité de franchir le passage du nord-ouest, sur lequel l’équipage comptait particulièrement. Mais, au vu l’abondance des glaces dérivantes au mois d’août 2025, le Canada ne l’a pas autorisé. Le programme de formation des étudiants de l’University of the Arctic[3] a bien évidemment été perturbé. De plus, au niveau logistique, comme nous devions embarquer les cadets de la Naval Academy du Danemark sur la côte ouest des Etats-Unis, nous avons dû emprunter deux fois le canal de Panama (Figure 2). Nous avons cependant pu naviguer dans les mers arctiques, notamment au large de l’Islande (Figure 3).

Au niveau scientifique ressort, à mon avis, l’étude pluridisciplinaire de deux tourbillons, anticyclonique et cyclonique, au large des Lofoten et plus au sud. Les deux gyres se distinguent par une couche de mélange atteignant jusqu’à 700 m de profondeur pour le premier ou au contraire, pour le second, par un dôme de remontée des eaux profondes au niveau de 100 m. L’océanographie physique en pratique, c’est vraiment passionnant. Cette étude était menée avec l’aide de bouées dérivantes, de flotteurs Argo et de moyens satellitaires, de concert entre l’ European Space Agency (ESA), le Nansen Center, et OceanDataLab[4].

Egalement, en février, de Norfolk jusqu’à Cadiz, le suivi du Gulf Stream (Figure 4a) était bluffant : notre visage s’immergeait dans une atmosphère à -1°C alors que le navire naviguait dans des eaux à 22°C. Les profils verticaux de température étaient tout à fait remarquables!

Figure 4b a The Gulf stream jacouzi from Lucie Cassarino.jpg
Figure 4bb Dauphin au large de la californie from Lucie Cassarino.jpg

Figure 4 : a-Naviguer dans le Gulf Stream… dans un véritable jacuzzi ; b-au large de la Californie, le navire est fêté par d’innombrables dauphins (Crédits : Lucie Cassarino)

Enfin, en navigant au large de la Californie en novembre 2025 nous nous sommes trouvés en plein milieu de mammifères. Et je n’ai jamais vu autant de dauphins (Figure 4b) de ma vie et ceci pendant toute la journée. Ils étaient des milliers. Extraordinaire !

PT : As-tu un ou deux souvenirs personnels de cette expédition dont tu voudrais nous faire part ?

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Figure 5bb Sunset crossing the North Atlantic from Lucie Cassarino.jpg

Figure 5: a-se nicher dans les hunes du Strastraad Lehmkuhl (crédit : Paul Tréguer) pour b-admirer un coucher de soleil dans l’Atlantique : un plaisir absolu ! (crédit : Lucie Cassarino)

LC : Au top du top, vient ma première montée dans les hunes (Figure 5a) entre Lerwick et Tromsö où je me suis installée, cool, pour admirer le coucher de soleil (Figure 5b)… J’ai adoré. C’est presque devenu une habitude à chacune de mes navigations, quand la météo le permet, pour bénéficier de spectacles uniques sur une mer flamboyante au soleil couchant. Des souvenirs intenses et inoubliables…

Enfin, je ne peux pas ne pas mentionner Noël 2025 au sud de Vancouver (Canada), avec à bord la Naval Academy du Danemark. Nous suivions les routes de migration de mammifères avec des dauphins innombrables nous tournant autour. Nous avons croisé une foule de baleines à bosses avec des orques tournant véritablement autour du navire. L’une des baleines est même venue nous saluer en s’émergeant presque complètement. Incroyable !

PT : Dans ton parcours personnel que représente cette aventure à bord du Stratsraad Lehmkuhl ?

LC : Après ma thèse à l’université de Bristol[5] j’ai effectué 4  séjours post-doctoraux. Au cours de mon dernier post doctorat à l’IUEM, avec Aude Leynaert (CNRS) j’ai organisé la campagne DRASTIC[6] « bas carbone » dans les eaux côtières de Norvège, à bord du navire Lund II, et je me suis plu dans ce rôle d’organisatrice. J’adore aller sur le terrain et je me suis donc engagée avec enthousiasme dans One Ocean Expedition, où la fonction de coordinatrice scientifique me va comme un gant (Figures 6 a et b).

Figure 6a Lucie and the Rosette_Matteo Baratella.JPG
Figure 6b Outreach, Lucie found a radiolarian.jpg

Figure 6. a-Lucie Cassarin s’apprête à mettre à l’eau une bathysonde (Crédit : Matteo Baratella) ; b- elle est très à l’aide dans son activité de coordinatrice et de vulgarisatrice scientifique ! (Crédit : Lucie Cassarino)

Je prends également beaucoup de plaisir dans la vulgarisation des sciences. Pendant One Ocean Expedition nous sommes restés en contact avec des nombreux élèves d’écoles primaires et secondaires.

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Figure 7. Conduits par leurs professeurs, des élèves de l’école primaire publique Keribin de Ploudalmézeau s’apprêtent à monter à bord du Statsraad Lehmkuhl (crédit PT)

Quand je quitte Lucie, des élèves de CE2 et de CM1 de l’école primaire publique Keribin de Ploudalmézeau (Figure 7), accompagnés de leurs professeurs et de quelques parents, s’apprêtent à monter à bord du Statsraad Lehmkuhl. Ils apportent avec eux un message important qu’ils remettent au capitaine Jens Joachim Hiorth. Ce message contenu dans une bouteille, à jeter à la mer quelque part en plein Atlantique, se lit « Nous pouvons tous agir petits et grands, petits gestes et grands gestes : tous acteurs pour préserver cette belle planète »[7].

Des jeunes visiblement ravis de s’immerger dans l’univers marin et déjà conscients qu’il n’y a pas de planète B !

 

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Figure 8. 30 mars 2026. En route vers Dublin. Farewell !!! (Crédit : Paul Tréguer)

Dix-sept heures. Le navire finit par appareiller. Sous un ciel marbré de quelques tâches blanches, l’élégante silhouette de l’immense trois-mâts se faufile dans le goulet de Brest.

A la sortie du Goulet, le Statsraad Lehmkuhl passe au large de l’IUEM, et nous le saluons. Quittant la mer d’Iroise (Figure 8) il fait route vers l’Irlande où un autre peuple celtique s’apprête à l’accueillir.

Le 18 avril il est de retour à Bergen, chargé d’une ample moisson de sciences et d’expériences humaines.

[1] https://www.reperes-evolutiondumonde.fr/a-bord-du-statsraad-lehmkuhl

[2] UNOC 2025 https://www.reperes-evolutiondumonde.fr/l-onu-et-la-montee-en-puissance-de-l-ocean

[3] https://www.uarctic.org/

[4] https://nersc.no/en/features/the-lofoten-gyre-has-been-sprinkled-with-buoys/

[5] Lucie Cassarino, titulaire d’un master des sciences de la mer à l’IUEM (2014), a défendu en 2018 à Bristol University un PhD sur l’utilisation des isotopes du silicium en biogéochimie marine.

[6] DRASTIC : https://www-iuem.univ-brest.fr/lemar/projets-scientifiques/drastic/

[7] Le Télégramme, 28 mars 2026.

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Figure 9. 13 février 2026 : au cap Crozier (île Ross), une des plus grandes colonies de manchots Adélie : 150 000 couples reproducteurs (crédit : Jean-Louis Etienne).

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