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Air du temps

REFLEXION SUR L'EVOLUTION DU MONDE

1er  septembre 2026

Edgar Morin à Plozévet

Je doute de l’humanité tout en croyant en elle.

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Edgar MORIN

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Résumé :

Edgar Morin est un sociologue et philosophe qui aura marqué son siècle par ses apports à la réflexion sur l’évolution du monde. Il s’est, en particulier, illustré pour avoir contribué à l’enquête pluridisciplinaire sur la commune de Plozévet (Finistère sud) dans les années 60. A cette enquête a participé mon ami Bernard Paillard, chercheur CNRS en sociologie. Il revient ici sur les problèmes et les rumeurs parfois malveillantes qu’a suscitées cette enquête. Il évoque son action ultérieure dans cette modeste commune, organisant avec elle différentes actions d’animation scientifique et culturelle. C’est une belle histoire d’amitié entre des hommes.

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En une période où de puissants prédateurs tentent de prendre le contrôle de l’économie et de nos vies intérieures, au moment du décès du sociologue et philosophe Edgar Morin, de nombreux intellectuels ont rappelé ses apports à la réflexion sur l’évolution du monde1. Incontestablement, celui qui est passé à travers de nombreux traumatismes de l’Histoire reste positif sur la capacité des Homo sapiens à lutter contre les fanatismes meurtriers et la xénophobie2, et à créer les conditions pour continuer à vivre ensemble, malgré la diversité de leurs origines et de leurs cultures. 

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Figure 1. Edgar Morin, 1921-2026 

Création IA

Edgar Morin est un personnage hors du commun. Hors du commun par son histoire (dont sa participation active à la Résistance) et par sa démarche intellectuelle, très tôt marquée par la pluridisciplinarité, ce qui n’était pas courant en sciences au vingtième siècle. Bien qu’en raison de la guerre, il n’ait pas terminé ses études universitaires, il entre au CNRS en 1950 grâce à l’appui de Georges Friedmann, l’auteur de l’ouvrage Le travail en miettes3, qui m’a longtemps servi de guide dans la compréhension de l’évolution du monde du travail. Celui-ci, analysant l’impact de la généralisation de « l’automation » (automatisation des tâches de travail), estime que « les conséquences du progrès technique peuvent être admirables », mais qu’elles « risquent aussi de contribuer à la déchéance de l’homme, si elles tombent dans un monde dépourvu de liberté et de sagesse ». Un débat tout à fait actuel dans le contexte du développement massif de l’Intelligence artificielle (IA). 

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Dans une tribune du « Monde » du 5 juin 20264, l’académicien Pascal Ory5rend hommage à Edgar Morin « dont la vie et l’œuvre ont été constamment portées par un puissant désir d’expérimentation ». A la lecture de cet article, impossible pour moi de ne pas penser à l’enquête de Plozévet (Pays bigouden en Bretagne, Figure 2) à laquelle participait mon ami Bernard Paillard chercheur au CNRS. Nous nous sommes connus à Rennes où, à la suite de mes études d’ingénieur, j’avais eu la chance de suivre les training groups de psychologie sociale à la faculté des lettres et sciences humaines. Dans cet Air du temps, je reviens avec lui sur cette enquête et sur ses prolongements.

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Figure 2 : carte du Pays Bigouden

Paul Tréguer (PT) : 

Edgard Morin à Plozévet : l’enquête de 1965 n’a-t-elle pas suscité une réaction de rejet de la part de nombreux habitants ? Pourtant, en 2002, Edgar Morin reçoit la médaille de Plozévet. Pourquoi et comment ce revirement ?

Bernard Paillard (BP) (Figure 3) : De 1961 à 1965, une grande enquête en sciences humaines et sociales commandée par la Délégation générale à la recherche scientifique et technique (DGRST) est entreprise à Plozévet6, commune qui, à l’époque, a près de 4000 habitants. En principe, il s’agit d’étudier les questions relatives à l’adaptation des mondes ruraux à la société moderne. Mais aussi de favoriser la coopération entre les différentes disciplines des sciences humaines et sociales, selon l’initiateur et responsable du projet, Robert Gessain, médecin et bio-anthropologue du Musée de l’Homme (Musée national d‘Histoire naturelle - Paris)7. Raison pour laquelle cette recherche a mobilisé de nombreux chercheurs. De 1961 à 1965, bio-anthropologues, médecins, géographes, sociologues, historiens, etc. se succèdent pour étudier cette petite commune du pays bigouden8. Un historien, André Burguière, est chargé de la synthèse des travaux. Ceux-ci ont donné lieu à la publication de plusieurs livres (dont ceux d’Edgar Morin9 et d’André Burguière10), d’une quarantaine de rapports, d’articles dans des revues spécialisées11, de 5 films ethnologiques, dont Les gens de St-Démet, aujourd’hui en accès libre à la Cinémathèque de Bretagne12. Même si ces différentes études sont restées assez étrangères les unes aux autres, elles demeurent un outil exceptionnel pour éclairer la mutation profonde qu’a vécue le monde rural de l’après-guerre en Bretagne. En fait, dans les années soixante la Bretagne est à « la croisée des chemins », le secteur primaire (agriculture, pêche) est en train d’être supplanté par le secteur tertiaire (commerces, administration, etc…) sans que le secteur secondaire (industries…) prenne le relais en termes de création d’emplois13.

Ainsi à Plozévet, parmi les quelques 300 exploitations agricoles de l’époque, les plus petites disparaissent assez rapidement les unes après les autres14. Cette transformation radicale et rapide du monde agricole et rural est l’une des questions abordées par Edgar Morin dans son enquête et son livre, à une époque où les études de sociologie rurale15, celles relatives au

« développement » ne sont qu’en voie de constitution. Il en est de même si l’on considère la place occupée alors par les études sur les femmes ou les jeunes, par exemple. Des catégories alors largement ignorées par les sciences sociales qui, selon Edgar Morin, sont pourtant très travaillées par une « modernité » qui bouleverse Plozévet. Une réalité qu’Edgar Morin considère comme un processus multidimensionnel, économique, social, politique, médiatique, religieux, idéologique, culturel, psychologique, etc. Traversant toutes les couches sociales, elle ouvre aussi de nouvelles crises, provoque des tensions, des oppositions et débouche sur un avenir assez incertain, pas sur celui, radieux, promis par les laudateurs du progrès. 

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Figure 3. Edgar Morin et Bernard Paillard, le 3 mars 2026 (crédit : Bernard Paillard)

Cette façon d’aborder les questions de façon plurielle tout en étant nuancée, aurait pu susciter un débat constructif avec les Plozévétiens. Or, si les recensions académiques du livre d’Edgar Morin sont plutôt positives, parfois élogieuses, dans son livre, André Burguière16 note les problèmes suscités par ces travaux et les réactions très négatives d’une partie des Plozévétiens au livre d’Edgar Morin17. Dans la préface de l’ouvrage, Robert Gessain accable l’auteur de Commune en France, sans vraiment le nommer.

Au contraire, dans une postface, Jacques Le Goff18, historien, le défend. L’affaire semble donc diviser le monde de la recherche. Mais l’idée que le livre d’Edgar Morin19 et lui-même étaient rejetés par les Plozévétiens contredisait mes impressions de terrain et mon expérience de l’homme. Aussi, on peut comprendre ma surprise lorsque des collègues bretons m’ont rapporté que cet ouvrage avait fait « beaucoup de mal aux Plozévétiens » ; à tel point que la commune serait désormais interdite aux chercheurs. D’où un mélange de sentiments ; un brin de nostalgie sans doute, une petite culpabilité peut-être, mais surtout le besoin de comprendre ce qui s’était passé et de revenir pour s’expliquer. 

Pendant près de 30 ans, mon souvenir de Plozévet s’est estompé. Jusqu’au jour où, vers la fin des années 1990, le documentariste Ariel Nathan décide de retrouver l’histoire de ces enquêtes. Dans son Retour à Plozévet20, il s’appuie notamment sur quelques extraits d’une émission de télévision de 1968, Plozévet contre Plodémet21. Celle-ci, peu de temps après la parution du livre, donne la parole à une petite dizaine d’habitants22 choisis, selon un témoin fiable, parce qu’elles ont des choses à dire « contre » ce livre. Certains dénoncent des tics de langage dont Edgar Morin semble être assez friand, ou bien des jeux de mots trouvés incompréhensibles, gratuits, voire insultants. D’autres insistent sur des erreurs, sur des indiscrétions jugées préjudiciables, regrettent d’avoir fait confiance à une personne ayant utilisé ce qu’ils jugent n’être que des confidences. Cependant, certains propos, plus violents, suscitent toujours mon étonnement, voire mon incompréhension.

Si la critique d’un ouvrage est toujours légitime, comment expliquer le fait que, dans cette émission, Edgar Morin soit accusé d’être un mercenaire venu faire de l’argent en écrivant un livre n’étant même pas à la hauteur de Clochemerle23 ?

Présent dans le studio rennais aux côtés d’Edgar Morin, Pierre-Jakez Hélias, le célèbre auteur du Cheval d’orgueil24 en rajoute, déclarant que le premier, ne parlant pas breton, est largement passé à côté de la compréhension de la mentalité bigoudène, riche de ses racines et de ses traditions. Le lettré local conteste ainsi une approche superficielle et extérieure d’une réalité qui, selon lui, ne pouvait être appréhendée que par des chercheurs ayant des liens intimes avec les « observés », et, au minimum, parlant leur langue, le breton. 

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Comment apprécier cette histoire ?

​On peut se demander si Edgar Morin n’aurait pas été le « bouc émissaire » de quelques éléments d’une population largement chahutée par une évolution rapide de leur monde. On peut aussi s’interroger sur l’allergie qu’aurait pu provoquer un personnage peu emblématique du monde de la recherche, dans une société plozévétienne fière de son originalité et, surtout, de ses intellectuels de l’époque, professeurs, agrégés, universitaires, recteur d’académie, académiciens (Figure 4a). On peut également se questionner sur le rejet qu’il a pu susciter chez les autorités enseignantes et municipales pour avoir soutenu la toute nouvelle association « Jeunesse et loisirs de Plozévet » qu’on l’accuse d’avoir créée. On pourrait multiplier les interrogations et les explications, reste le fait que toute recherche peut être mal supportée par une population ne l’ayant pas sollicitée. Quoi qu’il en soit, le temps a passé, des accusations se sont estompées, même s’il peut rester le souvenir des plus farouches détracteurs. En 2002, lorsqu’Edgar Morin est revenu à Plozévet pour les premières rencontres CNRS « Sciences et citoyens » de Plozévet, le week-end s’est déroulé dans une excellente ambiance, le maire de la commune délivrant même à Edgar Morin la médaille de la ville de Plozévet26.

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Figure 4, de gauche à droite. Commune de Plozévet : église Saint-Demet sur la place Henri Normant (académicien). Sur la même place, deux sonneurs traditionnels témoignent de la vivacité de la culture bretonne au Pays Bigouden. Sur le littoral de la commune, menhir érigé en 1840 en hommage à plus de 600 hommes qui périrent dans le naufrage du vaisseau Les Droits de l'Homme dans la nuit du 13 au 14 janvier 1797, après une lutte acharnée contre deux vaisseaux anglais, et qui s'échoua sur la plage de Canté. (crédits : Paul Tréguer).

PT : Du Plozévet d’Edgar Morin en 1965 aux rencontres "Sciences et Citoyens" des années 2000 :  pourquoi es-tu revenu à Plozévet et comment as-tu réussi à créer des aminations culturelles et scientifiques en Bretagne occidentale ?

 

BP : En 1998, j’ai eu l’opportunité de revenir à Plozévet, Ariel Nathan, figure marquante de l’audiovisuel en Bretagne me conviant à l’accompagner pour son projet du film Retour à Plozévet.  Depuis 1974, je n’avais pas osé revenir, gagné par cette rumeur selon laquelle tout Plozévet était contre les chercheurs.  L’accueil de ma logeuse au moment de l’enquête, très chaleureux, me démontra le contraire. C’est avec grand plaisir que j’ai retrouvé cette femme d’exploitant agricole que j’avais connu trente-trois années plutôt. Veuve aujourd’hui, habitant la même maison, mais sans les terres attenantes désormais louées, elle m’accueille de nouveau, m’offrant, un temps, une petite base logistique. 

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Depuis 1965 Plozévet s’est radicalement transformée. Dans le monde agricole, la petite polyculture-élevage est remplacée par un élevage intégré à l’industrie agro-alimentaire. Le bourg, s’est agrandi. Il a désormais son supermarché, mais l’une de ses conserveries a disparu, d’autres activités aussi, et il n’est plus question du foisonnement des petits commerces flanqués de leur buvette. Le littoral s’est construit. On y trouve pas mal de résidences secondaires, celles-ci constituant, désormais, un parc important. C’est dire la place prise par l’économie vacancière dont témoigne aussi le Mondial’Folk (Figure 5), festival international de musiques et de danses populaires accueilli par la commune depuis 1974. On a pu compter près de 800 artistes et 30 00 festivaliers ! 

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Si cette notoriété festivalière n’a rien à voir avec l’histoire des enquêtes, ce n’est pas le cas de cet autre événement : en 1999, pour la commémoration du centenaire de la loi de 1901 sur les associations, Plozévet est retenue comme « haut lieu » pour aborder la question des associations en milieu rural. Associé à cette opération, j’ai suggéré l’idée, non d’une réunion savante, mais d’une mobilisation originale des associations. Dans un « parcours associatif » chacune, disséminée aux quatre coins de la commune, présenterait ses activités et engagerait le dialogue avec les participants. Un succès… Dans le pot conclusif, le président du Mondial Folk (Figure 5) me dit : « Faudra refaire quelque chose » ! Mais quoi ? Comment ?

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Nouvelle opportunité : en 2002 le CNRS décide d’organiser en région des Rencontres « Sciences et Citoyens », une initiative doublant celles tenues tous les ans au plan national depuis le cinquantenaire du CNRS. Durant un week-end, des jeunes et des chercheurs sont amenés à débattre des implications sociales des sciences. Edgar Morin étant à l’origine de l’idée et présidant son comité scientifique, pourquoi ne pas profiter de l’histoire un peu tumultueuse des enquêtes de Plozévet pour mettre en débat les méthodes en sciences sociales et humaines ? Cette idée, soutenue par la Délégation régionale du CNRS (DR 17 - Rennes), est acceptée au plan national. Ainsi, la première rencontre CNRS « Sciences et Citoyens » de Plozévet s’est tenue à l’automne 2002. Michel Vancassel, chargé de mission pour la culture scientifique à la DR 17, se charge plus particulièrement de la partie « animations scientifiques ». Les collègues brestois du Centre de recherches bretonnes et celtiques (CRBC) et de l’ « Atelier de recherches sociologiques » de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO) organisent des tables rondes sur les évolutions des sociétés rurales depuis les années 1960. Cécile Yven, chargée de communications à la Dr 17 du CNRS est à l’organisation. André Burguière inaugure l’événement. Rappelant l’origine et l’histoire de l’enquête interdisciplinaire, les Plozévétiens peuvent, pour la première fois (mais près de 50 ans après), savoir pourquoi on les avait

choisis ! De son côté, Edgar Morin conclut la partie un peu colloque par une conférence sur les implications de la culture scientifique, une avant-première à celle qu’il donnera quelques semaines plus tard aux rencontres nationales. Et durant tout le week-end, Plozévet accueille un « village des sciences » avec des animations assurées par des associations de diffusion de la culture scientifique, des projections de films par la Cinémathèque de Bretagne, des écoutes d’enregistrements réalisés durant les enquêtes. Sans oublier l’inévitable fest noz et l’ambiance conviviale…

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Le public a répondu. L’accueil et l’implication de la commune ont été au-delà de mes espérances. L’influence de Pierre Plouzennec, le tout nouveau maire, de Jean-Claude Stourm, le Plozévétien de l’équipe Morin et alors adjoint chargé de la culture et des affaires scolaires, de Pierrot Bosser, président de Mondial’Folk (Figure 5) auront été déterminantes. Tout milite pour qu’on fasse encore quelque chose. 

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Le CNRS renouvelle ces rencontres « Sciences et Citoyens » de Plozévet en 2005 et 2009 sous ma responsabilité, puis en 2011, pour finalement abandonner l’idée de favoriser des lieux d’animation scientifique et culturelle à l’écart des grandes métropoles urbaines.

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PT. Comment est né « Plozarch » ?

BP : Plozarch a été conçu dans le cadre du programme du Conseil Régional de Bretagne « Appropriation sociale des sciences ».

Son intention : renforcer le dialogue entre les acteurs de la recherche et ceux de la société dite «civile» (associations ou collectivités territoriales). Une occasion inespérée pour consolider ce qu’on faisait à Plozévet depuis le début des années 2000. La subvention régionale, assurant le salaire d’une personne sur trois ans, ouvre l’hypothèse d’un travail s’élargissant et s’approfondissant avec le temps. 

Plozarch est pensé et monté avec Laure Welschen, sa formation et ses compétences en médiation patrimoniale assouplissant mes penchants sans doute un peu trop spéculatifs. Coordonné sur place d’abord par elle, puis par Gaëlle Goascoz, sa mise en œuvre se déroule de 2010 à 2013 dans le cadre universitaire du Centre de recherches historiques de l’ouest (CERHIO - UMR CNRS - Rennes 2), la Mairie de Plozévet assurant la logistique sur place. Puis, j’ai continué seul. 

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Il s’agit d’abord de partir des enquêtes des années 1960 et de leurs archives afin de favoriser leur appropriation collective. En parallèle, un travail coopératif avec les (des) Plozévétiens doit permettre de compléter leurs données, éventuellement de les critiquer, mais surtout de les actualiser. En ultime perspective, cette collaboration devrait réaliser une documentation multimédia sur la vie plozévétienne depuis ces temps, en interrogeant les évolutions de la commune tout en se projetant dans l’avenir. Ce schéma idéal, hors de portée d’un projet limité, est, en quelque sorte, un guide à qui se référer pour monter des projets concrets plus restreints. Ce sont eux qu’on découvre dans un carnet de recherches mis en ligne sur internet : https://plozevet.hypotheses.org. Au long de ses 292 billets, on voit se dérouler et vivre Plozarch, ses cycles de conférences-débats, ses débats après film, ses activités para-scolaires, ses enquêtes et reportages vidéos, ses expositions, etc. On retrouve les «Rendez-vous de Plozarch, les «Causeries de la Médiathèque» et autres «Mardis de Ploze». On y reconnaît, entre autres, André Burguière abordant l’histoire des enquêtes ou celle de la division Rouges/Blanc à Plozévet, Mona Ozouf parlant de l’école en Bretagne, ou Emmanuel Laurentin revenant sur la façon dont les radios ont approché ces enquêtes comme sur les évolutions des questions paysannes. Il est aussi question des autres enquêtes interdisciplinaires ; sans oublier ce cycle sur les évolutions de la musique populaire en Bretagne ; et autres sujets. On accompagne les élèves du collège, avec leur professeure de français, dans leurs «Ateliers d’écriture», celui consacré à la vie de trois familles depuis les années 1960, celui narrant les aventures de Monsieur Malaussène, ce héros bouc-émissaire (comme Edgar Morin ?) menant enquête à Plozévet. Avec leurs professeures de SVT et de physique-chimie, on les retrouve, dans des «Ateliers scientifiques», découvrant les algues, leurs utilisations anciennes et actuelles. 

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Plozarch a été pensé en relation avec un autre projet, Plozcorpus, celui-ci entendant retrouver, numériser et documenter les archives des enquêtes de Plozévet, particulièrement et en premier lieu celles de l’enquête d’Edgar Morin. Soutenu d’abord par la Maison des sciences de l’Homme de Bretagne (MSHB) puis par l’organisme ad hoc du CNRS, ce dessein a fait long feu après un an. De nouvelles dispositions relatives à la politique en matière d’infrastructures pour les humanités numériques n’ont pas tenu compte des projets antérieurement engagés. Plozcorpus a donc continué en vivotant, les crédits ne permettant que la numérisation (par DASTUM28) et la documentation des quelques 300 heures d’entretiens enregistrés par l’équipe d’Edgar Morin. Avant qu’à nouveau le projet soit repris par Gudrun Ledegen, professeure des universités en Sciences du Langage à l’Université Rennes 2 et Aurélie Hess-Miglioretti, ingénieure d’études CNRS. Le soutien de la Maison des sciences de l’homme de Bretagne a permis le dépôt des archives sonores de l’enquête d’Edgar Morin sur la plateforme  ad hoc, CoCoOn29 de l’infrastructure de recherche (IR*) Huma-Num30. Avant que soit envisagé le travail sur les archives « papier ».

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Plozarch a donc expérimenté, plus que conduit selon un management préétabli. A notre niveau, nous avons initié une pratique, par certains aspects, innovante, car peu familière à un milieu plus habitué aux colloques et aux séminaires. Mais ce côté ingénieux et vivant fit son originalité et son charme. Plozarch fut une véritable aventure humaine ; je m’y suis retrouvé. J’ai bénéficié de la confiance sans faille de l’équipe municipale, j’ai pu compter sur le personnel communal. J’ai rencontré l’amitié de nos «bénévoles» plozévétiens les plus proches, heureux de les retrouver parmi un public assidu. J’ai connu et vécu ces moments de convivialité plozévétienne qui m’avaient si charmé dans mes premiers retours.

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Figure 5. Annie Marzin (de l’association Histoire et patrimoine de Plozévet), Claudie Guénolé (maire de Plozévet, 2026-…), Fanny Ziller (adjointe aux affaires sociales) et Pierrot Bosser, ex président du Mondial’Folk (qui avait 19 ans au moment de l’enquête d’Edgar Morin) décrivent des relations pacifiées entre Edgar Morin et la commune. (Crédit : Le Télégramme/Gwenn Hamp)

Je me souviens…C’était le 28 septembre 2002, on inaugurait les premières rencontres CNRS «Sciences et Citoyens». 

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Prenant la parole, Pierre Plouzennec, maire de Plozévet, s’interrogeait :

« - Pourquoi à Plozévet ? ​

  - Et bien, disait-il, c’est parce qu’on a la chance d’avoir une commune qui, malgré sa modeste taille, a une richesse humaine importante. Il y a dans nos petites communes une chaleur et un dynamisme humain qu’on ne trouve peut-être pas dans les villes plus importantes. Et, si ces deux journées se déroulent à Plozévet, comme d’ailleurs s’est déroulée la journée sur le centenaire de la loi de 1901, c’est parce que tout cela est une histoire d’amitié entre des hommes ».

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PT : Le 3 mars 2026, deux mois avant sa disparition tu as rencontré Edgar Morin ?

BP : Effectivement, j’ai pu le voir, et il avait l’air assez en forme malgré ses 104 ans passés. Il nous a donné l’autorisation de poursuivre la numérisation, la documentation des différentes archives encore non digitalisées et de les déposer sur l’infrastructure de recherche Huma-Num. 

Avec sa mort se clôt une aventure qui avait commencé il y a près de 60 ans31 et qui aura décidément marqué ma vie, et celle de bien d’autres personnes !

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Le 4 octobre 2026, Bernard Paillard sera de retour à Plozévet. Au cours de cette rencontre, autour de documents de la cinémathèque, on parlera de pêcheries locales, de brulage du goémon, etc. 

 

Le 8 octobre, la Maison des sciences de l’homme de Bretagne et la Cinémathèque de Bretagne organisent, à l’auditorium de Bellevue de Brest, la projection d’un des films réalisés au cours des enquêtes de 1960, Les agriculteurs ; avec débat sur les évolutions du monde agricole.

À ne pas manquer !!!

 1. Edgar Morin. Pour changer de civilisation. Dialogue avec Denis Lafay. Editions de l’Aube (2017)

2.https://www.lemonde.fr/disparitions/article/2026/05/30/edgar-morin-sociologue-du-temps-present-et-agitateur-d-idees-est-mort-a-l-age-de-104-ans_6695210_3382.html

3.  Georges Friedmann. Le travail en miettes. Gallimard (1963)

4.https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/06/03/pascal-ory-historien-l-extreme-sensibilite-d-edgar-morin-a-l-esprit-du-temps-en-a-fait-un-pionnier-dans-chacune-de-ses-explorations_6696530_3232.html

5..  Pascal Ory. L’unité d’un homme. Robert Laffont (2018).

6.  André Burguière, « Plozévet, une mystique de l’interdisciplinarité ? », Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques [En ligne], 36 | 2005, mis en ligne le 25 mai 2011, consulté le 08 juillet 2026. URL : http://journals.openedition.org/ccrh/3065 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ccrh.3065

7. https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Gessain

8.  Bernard Paillard, Jean-François Simon, Laurent Le Gall, En France rurale, les enquêtes interdisciplinaires depuis les années 1960, Presses universitaires de Rennes (2010) https://books.openedition.org/pur/102656?lang=fr

9.  Edgar Morin, Commune en France, la métamorphose de Plodémet, Fayard (1967) ; ouvrage réédité sous le titre Commune en France, la métamorphose de Plozévet, Fayard (2013).

10.  André Burguière, Bretons de Plozévet, Flammarion (1975). 

11.  Bibliographie :  https://plozevet.hypotheses.org/9914

12.. https://www.cinematheque-bretagne.bzh/voir-les-films-426-0-0-0.html?ref=604052535879d9c98187e783466f50d1

https://plozevet.hypotheses.org/14837

13.  Source : Document Etablissement Public Régional 1979 et J. Renard, Géographie de la Bretagne, Skol Vreizh (1977)

14.  Aujourd’hui, on n’en compte plus qu’une dizaine à la succession incertaine. 

15.  Henri Mendras, La fin des paysans, innovations et changement dans l’agriculture française. Paris, S.E.D.E.I.S., 1967, 364 p. 27 F (Futuribles). Thèse principale ès Lettres, Paris, 1967.

16.  André Burguière, op. cit. 

17.  Edgar Morin,  Commune en France, op.cit.

18.  https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Le_Goff

19.  Edgar Morin, Commune en France, Ibidem.

20. https://www.film-documentaire.fr/4DACTION/w_fiche_film/6743_ https://bed.bzh/fr/films/retour-plozevet

21.  La controverse de Plozévet, ou comment Edgar Morin se mit à dos les Bigoudens, https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/la-controverse-de-plozevet-ou-comment-edgar-morin-se-mit-a-dos-des-bigoudens

22. Dont une seule femme, près de la moitié sont des enseignants.

23. Clochemerle, roman satirique français de Gabriel Chevallier, publié en 1934.

24.  Pierre Jakez Hélias, Le cheval d’orgueil, mémoires d’un breton du pays Bigouden, Plon (1975)

25.  Edgar Morin ne m’avait seulement rapporté qu’il avait subi une sorte de « petit procès de Moscou » !

26.  Emmanuel Laurentin, « Paris-Plozévet-Paris et retour », La fabrique de l’histoire, France Culture, 28 octobre 2002. https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-fabrique-de-l-histoire/paris-plozevet-paris-et-retour-4682640

27. https://plozevet.hypotheses.org/author/bernardpaillard

28.  L’association Dastum a pour mission la collecte, la sauvegarde et la diffusion du patrimoine oral de l’ensemble de la Bretagne. https://www.dastum.bzh/

29. Ainsi déposés sur CoCoON (COllections de COrpus Oraux Numériques), ces documents seront, désormais, sauvegardés et archivés dans  une infrastructure de recherche du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche et mise en œuvre par le CNRS. https://cocoon.huma-num.fr/exist/crdo/meta/cocoon-05468cb3-2bd2-41b3-868c-b32bd201b3e6

Bernard Paillard, Gudrun Ledegen, Aurélie Hess-Miglioretti « L’enquête de Plozévet. Des sociologues au magnétophone », Memoris, Cinémathèque de Bretagne.

https://memoris.hypotheses.org/10803

30. https://www.huma-num.fr

31. Bernard Paillard, « Du hasard à l’attachement », in, Bernard Paillard, Jean-François Simon, Laurent Le Gall (dir.), in, En France rurale. Les enquêtes interdisciplinaires depuis les années 1960, Rennes, PUR, 2010, p. 127 - 143, https://books.openedition.org/pur/102734

Bernard Paillard, « L’appel de Plozévet », in, Claude Fischler, Pascal Ory (dir.), Edgar Morin. Les cent premières années, Paris, Hermann, Colloque de Cerisy, 2023, p. 165 - 185.

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